02 - L'usage du monde

Nicolas Bouvier sa Fiat et son périple


20 mars 2020

Aujourd’hui le thème sera le voyage, un voyage comme on en fait probablement plus. Après avoir lu ces extraits du livre «L’usage du monde » de Nicolas Bouvier, vous aurez le choix entre deux propositions, A ou B selon vos goûts et vos humeurs. Bien entendu vous pouvez répondre aux deux !

Ces deux propositions sont valables jusqu'à Mercredi matin 9h je les mettrai en ligne toutes ensemble dans la matinée.

Le sujet du livre pour ceux ou celles qui ne l’ont pas lu :

« A l'été 1953, un jeune homme de vingt-quatre ans, fils de bonne famille calviniste, quitte Genève et son université, où il suit des cours de sanscrit, d'histoire médiévale puis de droit, à bord de sa Fiat Topolino.

Nicolas Bouvier a déjà effectué de courts voyages ou des séjours plus longs en Bourgogne, en Finlande, en Algérie, en Espagne, puis en Yougoslavie, via l'Italie et la Grèce. Cette fois, il vise plus loin : la Turquie, l'Iran, Kaboul puis la frontière avec l'Inde. Il est accompagné de son ami Thierry Vernet, qui documentera l'expédition en dessins et croquis.

Ces six mois de voyage à travers les Balkans, l'Anatolie, l'Iran puis l'Afghanistan donneront naissance à l'un des grands chefs-d'oeuvre de la littérature dite « de voyage », L'Usage du monde, qui ne sera publié que dix ans plus tard et à compte d'auteur la première fois avant de devenir un classique.

A -Proposition

« C'est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l'envie de tout planter là. Songez régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu'on y croise, aux idées qui vous y attendent... Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c'est qu'on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu'au jour où, pas trop sûr de soi, on s'en va pour de bon.

…. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même. On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, où vous défait. »

Je vous propose de décrire ce voyage qui vous a fait, ce moment de naissance ou de renaissance que vous ne devez qu’à vous-même et vos pas « ailleurs ». Un ailleurs que vous découvrez à l’arrivée du train, sur le tarmac d’un aéroport ou en franchissant un col. Cette sensation d’être à la veille de…. Et ce qui va suivre, émerveillement, joies, solitudes, découverte de soi. Laissez vous porter par un retour en arrière ou en imaginaire pourquoi pas ? l’essentiel est de voyager de tous ses sens…. Pour résumer : C’était où ? C’était quand ? Vous étiez comment en ce temps-là ? Donnez un titre à votre texte précédé de la lettre de la proposition (2A ou 2B) et reportez cette référence sur votre document (Word, open office, corps du mail)à m'envoyer par mail.

B - Proposition

« J’aurai longtemps vécu sans savoir grand-chose de la haine. Aujourd’hui j’ai la haine des mouches. Y penser seulement me met les larmes aux yeux. Une vie entièrement consacrée à leur nuire m’apparaîtrait comme un très beau destin. Aux mouches d’Asie s’entend, car, qui n’a pas quitté l’Europe n’a pas voix au chapitre. La mouche d’Europe s’en tient aux vitres, au sirop, à l’ombre des corridors. Parfois même elle s’égare sur une fleur. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même, exorcisée, autant dire innocente. Celle d’Asie, gâtée par l’abondance de ce qui meurt et l’abandon de ce qui vit, est d’une impudence sinistre. Endurante, acharnée, escarbille d’un affreux matériau, elle se lève matines et le monde est à elle. Le jour venu, plus de sommeil possible. Au moindre instant de repos, elle vous prend pour un cheval crevé, elle attaque ses morceaux favoris : commissures des lèvres, conjonctives, tympan. Vous trouve-t-elle endormi ? Elle s’aventure, s’affole et va finir par exploser d’une manière bien à elle dans les muqueuses les plus sensibles des naseaux, vous jetant sur vos pieds au bord de la nausée. Mais s’il y a plaie, ulcère, boutonnière de chair mal fermée, peut-être pourrez-vous tout de même vous assoupir un peu, car elle ira là, au plus pressé, et il faut voir quelle immobilité grisée remplace son odieuse agitation. On peut alors l’observer à son aise : aucune allure évidemment, mal carénée, et mieux vaut passer sous silence son vol rompu, erratique, absurde, bien fait pour tourmenter les nerfs – le moustique, dont on se passerait volontiers, est un artiste en comparaison. »

Le voyage peut être l’occasion de découvrir des aspects sordides de l’existence ou des individus, de réaliser aussi qu’une part de nous même a besoin de son confort, de ses aises. Ce texte sur les mouches est intéressant parce qu’il nous invite au détail dans la description et les images utilisées. Je vous propose de nous décrire « l’envers du décor » ce que vous n’avez pas aimé au cours d’un voyage, ce qui vous a fait peur ou souffrir. Utilisez une langue riche, précise, imagée pour nous parler du dégoût, de la peur, de l’ennui, du mépris. Vous pouvez utiliser la deuxième personne ou même la troisième (tu ou il ou elle) si vous le souhaitez. Cela peut vous permettre d’être votre propre juge dans la situation ou au contraire de vous donner de la distance comme si vous parliez à l’autre que vous étiez… Donnez un titre à votre texte précédé de la lettre de la proposition (2A ou 2B) et reportez cette référence sur votre document (Word, open office, corps du mail) à m'envoyer par mail.

à vos plumes et écrans !

Sybille

Pour vous, quelques autres citations du livre :

"On voyage pour que les choses surviennent et changent ; sans quoi on resterait chez soi."

"Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux: la lenteur."

… On se retrouve sous les milliards d'étoiles devant l'étendue du désert baloutch. Nous n'en pouvions plus. C'était le bout de la nuit. Nous détestions l'Iran presque autant que nous avions pu l'aimer. L'Iran, ce vieillard malade qui a tant créé, aimé tant de choses, tant péché par orgueil, tant rusé, tant souffert.

" Pour le courage, on se force, pas pour l’entrain."

"Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr."