2A - Claudine O. - Voyage avec moi-même

Ce 14 mars je commençais un voyage avec moi-même dont j’imaginais mal la durée ni la distance à parcourir. Je n’en sais toujours pas plus, mais ce que je n’imaginais pas c’est que ce voyage en la seule compagnie de moi-même serait jubilatoire. J’étais au restaurant avec deux amies, appréciant un moment d’amitié, de détente et de légèreté. Quand est tombée la nouvelle : tous les bars et restaurants allaient fermer. Premier réflexe : faire remplir nos verres. On ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait. Et puis les choses se sont accélérées, les allocutions multiples, les mesures à prendre. Les situations de crise en tout genre, je connais, elles ont fait partie de mon quotidien, et même si ma vie professionnelle est plus calme, les vieux réflexes sont là. Faire ce qu’il faut, raison garder. Donc confinement. Et devant soi ne plus subir la pression du temps, vivre avec le temps, apprendre à sourire, à soi-même d’accord, et alors ? Se retrouver, se reconnaître. C’est le premier stade. Et une fois cette toilette de l’âme réalisée – tout parait simple. On se lave les mains, on s’ouvre les yeux, on se retrouve en soi, en voyage au fond de soi, avec soi-même. Je vois ma maison avec des yeux nouveaux, j’entends le silence et comme j’adore être réveillée par les cloches de l’église et non par mon réveil ! Et puis au bout de deux ou trois jours, on s’aperçoit qu’a changé notre perception des autres. On ne peut voir personne et pourtant les contacts se resserrent. Avec ce qu’on peut : le téléphone, internet, facebook… Et la solidarité redevient un mot respecté et non pas moqué.

Je ne sais pas quelle sera la durée du voyage immobile, mais une certitude est là : nous en reviendrons changés.

Claudine O.