2B - Anne P. Elle

Un square parisien : une aire de jeux envahie par les cris des enfants. Bac à sable, balançoires, toboggans envahissent cet espace, encadrés par des bancs, d’où les mères surveillent leur progéniture. Confidence bouleversante d’une amie ‘’Delphine’’, une habituée de ce lieu, confrontée à une rencontre avec une femme que j’appellerai ‘’Elle’’ ‘’Elle’’ s’approcha du banc occupé par mon amie, vague sourire aux coins des lèvres, suscitant une autorisation. D’un geste de bienvenu, Delphine lui libéra de l’espace. Elle s’assit silencieuse. Mon amie fut frappée par sa mine blanche, comme désincarnée. Au bout d’un long moment, sa voix rauque s’éleva dans le tumulte ambiant. - J’aime la vision de ces enfants, symbole d’espoir, d’une vie renouvelée, en ébullition. La liberté s’incarne en eux, préservée encore de toute contamination du monde ambiant. Ensuite elle s’engagea dans un long monologue d’un voix étale. Récit de son engagement comme infirmière au sein d’une ONG en Afrique, son enlèvement avec une de ses collègues, par un groupe terroriste.

"L’enfermement dans des conditions sordides. Aucun confort, de simples nattes sur la terre battue, confinées dans un baraquement aveugle, sans vision sur l’extérieur, une chaleur insoutenable dans la journée ! Rapidement l’insuffisance d’eau pour se désaltérer devient intenable. Nous devions implorer nos geôliers de nous en apporter.

Ne parlons pas des soins de première nécessité, se laver avait fui nos esprits.

Nous trouvions refuge dans nos souvenirs, les partagions afin de fuir cette réalité dévastatrice.

L’angoisse sur notre futur, par moment nous envahissait. Qu’allait-t-il advenir de nous ? Inévitablement se profilait dans nos esprits, le spectre de la mort…

Des interrogations nous submergeaient !!!

- Étions nous recherchés par l’armée ?

- Une rançon offerte afin de nous libérer ?

- Combien de temps allions-nous supporter cet enfermement ?

Sur le plan psychique, difficile de résister à la pression de l’angoisse, au contrôle de l’anxiété dévastatrice.

Nos sacs à dos, nous avaient été restitués, après une fouille minutieuse par nos kidnappeurs. Bien entendu, tous les objets de valeurs avaient disparu, portables et montres.

La perte de notion du temps venait se juxtaposer. Nous suivions la danse des rayons du soleil à travers les interstices de notre baraque. Puis invariablement une diminution de la luminosité et enfin la nuit accompagnée d’un peu de fraicheur.

Le calme descendait sur le camp et nous enfermait dans notre solitude.

Et à nouveau, une nouvelle journée naissait, le camp s’éveillait. Sur un carnet, nous consignons l’égrénement des jours écoulés.

Surgissait un de nos geôliers, avec une gamelle de manioc mêlée à un peu de lait de chèvre.

Dans cette détention forcée, la pire angoisse qui nous tenaillait, était l’incertitude sur son dénouement. Effectivement, des enlèvements s’étaient soldés par l’exécution des otages. Et chaque jour qui s’écoulait, augmentait notre anxiété !!!

Et puis un matin, probablement le chef du camp, est venu nous annoncer que nous allions être échangé contre plusieurs de leurs combattants.

Effectivement en fin de journée, les yeux bandés nous avons été hissé dans un camion bâché, roulé un certain temps, jusqu’à un point de rendez-vous et échangé à notre grand soulagement. "

‘’Elle’’ après ce monologue ininterrompu, resta silencieuse.

Au bout d’un moment, elle se leva, sourit à mon amie et disparut dans les allées du Parc.

Delphine, le lendemain s’appropria le même banc. L’emplacement mitoyen resta inoccupé. Elle s’interrogeait sur le comportement de ‘’Elle’’

Ce monologue était-t-il une thérapie salvatrice afin de se décharger de ce passé douloureux ?

Anne P.