2B - Pascale G. La Chine autrement

La Chine autrement Au printemps 2015, j’ai fait un voyage en Chine un peu spécial. Nous étions un groupe de dix aquarellistes (dont moi plus que débutante !) et sommes partis pour faire un carnet de voyage en peignant des paysages ou des scènes de la vie quotidienne un peu originales. Nous sommes allés à Pékin et à Guilin dans le sud de la Chine. Dans les années 1990, j’avais déjà fait un voyage en Chine avec mes enfants. Mais tout était bien différent, voyage architouristique avec guide, autocar, lieux très connus. Tout m’avait déjà paru très étrange. Mais en 2015, c’était bien différent. Pékin avec ses jardins où les personnes âgées jouent aux cartes, font leur gymnastique bizarre, chantent ou font du théâtre sur les petites places des villages. Nous installions nos pliants et sortions notre petit matériel d’aquarelle, aussitôt un attroupement se formait autour de nous pour voir ce que nous faisions, ils riaient, parlaient et nous ne comprenions rien. Nous sommes allés dans les marchés qui regorgent de légumes, de viande exposées en plein air, on ne sait pas si ce sont des chiens, des lapins ou des chats auxquels on a enlevé la peau et ses poils. J’étais effrayée par la saleté qui régnait partout mais les fruits et les légumes étaient d’une fraîcheur étonnante. Nous avons même déjeuné dans l’un de ces marchés assis sur des caisses en bois dans une ambiance grouillante et les mets étaient délicieux. Notre guide chinoise parlant un français irréprochable, mariée à un aquarelliste français nous emmenait dans des endroits insolites qu’aucun touriste lambda ne peut connaître. Quand nous entrions dans un restaurant, elle allait d’abord voir dans les cuisines si les poissons ou la viande étaient de bonne qualité ; quelquefois, elle n’était pas satisfaite et nous repartions ailleurs malgré le courroux du restaurateur. Mais absolument partout, rues ou restaurant, tout était sale et sentait mauvais. Je ne m’étendrai pas sur l’état des « commodités » ! Infect ! Les salles de restaurant où nous allions dans les bas quartiers étaient jonchées de détritus mais je n’ai jamais aussi bien mangé nulle part ailleurs et nous n’avons jamais été malades. Mais tout est sale. Ils font tout dans la rue, ils se lavent les dents, fabriquent les nouilles sans aucune hygiène occidentale.

Pour aller à Guilin, nous avons pris le train, ce fut long et pénible. Arrivés à destination nous avons découvert des paysages spectaculaires de collines de calcaire karstique avec deux lacs immenses reliés par des cours d’eau où nous avons vogué avec bonheur. Quelle richesse naturelle pour les aquarellistes et que de choses à peindre. Le ciel est toujours un peu couvert et les roches prennent une couleur bleutée tout à fait étonnante. Nous sommes allés dans les petits hameaux d’une pauvreté dantesque habités uniquement par des gens âgés et des enfants. Les parents travaillent dans les grandes villes et les grands-parents s’occupent des enfants. Pauvres mais souriants en haillons pour les enfants et les mâchoires édentées pour les grands-parents.

Après chaque pérégrination, nous revenions à notre hôtel très confortable avec dans l’entrée une énorme table pour la cérémonie du thé.

Un jour, nous avions dû rester à l’hôtel parce qu’il pleuvait. Nous en profitions pour parachever et peaufiner nos œuvres d’art prises sur le vif. Vers 16 h, la pluie ayant cessé de tomber, je décidais d’aller me promener dans les environs. J’arrive dans un petit village et j’assiste à un spectacle épouvantable : une voiture sort d’un garage, un homme ouvre sa portière et sort, il ouvre le coffre de sa voiture et entre dans la maison, il ressort deux minutes après avec un chien jaune (ils sont tous jaunes en Chine), il prend dans le coffre ouvert un grand sac plastique et tente avec beaucoup de mal de mettre le chien dedans ; la pauvre bête se débat et gémit. L’homme finit par y arriver, ferme le sac avec une ficelle et jette le sac dans le coffre. Il remonte dans sa voiture et démarre.

Je suis anéantie et tétanisée. Quelle horreur ! Je sais que ce chien, privé d’air, va mourir bientôt et qu’il se retrouvera le lendemain- matin , dépouillé de sa fourrure jaune et vidé de ses entrailles sur l’un des marchés que j’ai peut-être côtoyé. Je suis revenue à l’hôtel complètement dégoûtée et décontenancée. J’ai raconté ce que j’avais vu à toute l’équipe, tout le monde était effaré….

Depuis ce jour-là je n’ai plus mangé de viande en Chine parce que je ne savais pas si c’était du poulet, du bœuf ou du chien !

Pascale G.