03 - Catherine B - L'homme sur le zinc

Je suis photographe, et en ces temps de "corona", je suis heureux d'observer depuis chez moi, des scènes insolites...Car dans la rue, tout n'est que désert et vide, monotone et commun : des gens seuls, pressés, un masque sur la bouche et un petit cabas à la main, une dame qui promène hâtivement son chien, un vélo qui livre des pizza à toute vitesse dans la capitale.

Mais depuis 8 jours, je vois depuis mon balcon un jeune homme, torse nu, qui manifestement ne supporte pas le confinement ordonné depuis 4 mois.

Je ne veux surtout pas faire de bruit avec mon appareil, car le clic-clac indiscret du "petit oiseau" risquerait de faire glisser le jeune homme de son toit chaud.

Ce jeune homme est un bien beau gars, musclé et dans la force de l'âge. Il doit être épuisé,stressé, dérouillé, de devoir rester enfermé chez lui, comme moi depuis bientôt 4 mois.

Bref, le confinement lui est devenu in-sup-por-ta-ble, surtout depuis l'apparition de la canicule au début de l'été.

Ce jeune homme que je nommerai "Martin" a trouvé ces derniers jours de chaleur, un échappatoire insolite qui me nourrit l'esprit.

Il est monté sur son toit de zinc en ouvrant son unique fenêtre vasistas... de l'air de l'air !

Ainsi, aux heures matinales des derniers jours, je vois Martin s'installer sur son toit : je le vois monter de tous ses muscles sur le rebord de sa fenêtre...

Il peut ainsi aisément bénéficier de la largeur du ciel qui appartient à chacun : il doit ainsi ressentir que la fraîcheur ensoleillée du matin est tout à lui.

Il a déposé ses sandales sur sa gauche, tandis que de l'autre côté, il s'est installé un plateau rond avec son matériel pour écrire la musique.

Martin semble très sûr de lui, en équilibre sur ce toit légèrement penché,mais en totale sécurité interne...il reste là, 2 à 3 heures à inventer des pages de notes de musique..

Moi, photographe, je fais un effort pour surtout ne pas le déranger, car un seul petit bruit pourrait le faire chuter.

Je ne veux surtout pas avoir un mort sur la conscience, alors que ce beau brun m'offre de la musique tous les soirs depuis la canicule.

Je l'entends, en effet, dans la vapeur étouffante du soir, alors qu'il est revenu à l'intérieur de chez lui composer au violon les esquisses écrites au petit matin.

Tout le voisinage proche bénéficie de ses créations empruntes de légèreté...

C'est mon petit bonheur de le voir le matin et de l'entendre le soir depuis ce temps d'enfermement qui dure et dure..

Moi aussi, je suis dans le confinement le plus complet : j'en suis même venu à des absurdités incongrues dont je n'ai pas honte de parler :

je n'arrête pas de prendre en photo, sous toutes les coutures, les parties de mes pieds et d'une de mes mains.

Le matin, le midi, le soir, selon la lumière que le soleil me donne ou non, je collectionne ces images ...

il ne me resterait donc que mon propre corps pour assouvir ma passion de la prise de vue ?

mais comment cela va se terminer, tant j'ai l'impression que ce confinement obligé va me rendre fou ?

Sans image à capter et à rendre sur papier, mon essence de vie s'étiole... Que vais je devenir?

Lui Martin, a trouvé semble-t-il une échappée... à sortir sur son toit pour recevoir l'inspiration et donner autour de lui la saveur de l'entendement.

Moi, en déséquilibre total dans mon 3 piéces, je ne pense qu'à parcourir le monde et rencontrer d'autres nuages et d'autres cieux...

S'IL VOUS PLAIT, que je continue à voir et écouter MARTIN!

mamlair.catherine