03 - Dominique S - Ce que je vois

Ce que je vois :Il est là, il nous regarde sans rien dire, couvert de poussière blanche. Il sourirait presque mais son regard dit le contraire.

Quel âge a-t-il ? d’où vient il ? Son visage émacié entouré de ses sourcils et de sa barbe forme un cœur. Quelques rides, surtout sur le front. Habitué sans doute à réfléchir, à se poser des questions.

La peau brune.

Ce que je sais : pas grand-chose sur lui, seul le nom d’un photographe apparaît. C’est une photo prise à Kabul. Steve Mac Curry, se définissait comme « un conteur visuel, pas un photojournaliste »

Parfois, lorsque les conditions le lui permettaient, il attendait longtemps avant de déclencher l’appareil : « les gens oublient l'appareil et leur âme pénètre dans l'image. »

Cette photo a été prise à Kabul, Afghanistan. On pense forcément à un attentat à la bombe.

Evocation

L’âme a bien pénétré dans l’image.

Comme souvent, je vois avec mes yeux d’occidentale, bien nourrie, n’ayant vu la guerre qu’à la télévision.

Alors ma première approche, fut celle d’un ouvrier, un plâtrier, recouvert de cette douce farine blanche, à la fin d’une journée de travail. Mais là aussi, je manquais d’expérience, un plâtrier même débutant n’est jamais recouvert de plâtre.

Ce que je prenais comme un demi sourire, je le vois maintenant comme une triste acceptation de la vie, aussi dure soit elle.

Je me laisse envahir par cette détermination, et cette force dans le regard, cette dignité.

Cette infinie tristesse qui me ramène vers « le vieil homme triste de Van Gogh »

Dominique S.