03 - Pascale G - L'homme gelé

L’homme cendré ou givré Ce visage bouleversant m’a fait songer à deux hypothèses : soit cet homme se trouve dans une région où a eu lieu une éruption volcanique et il est recouvert de cendres, soit il est dans une région montagneuse en plein hiver et il est recouvert de givre. J’ai choisi la deuxième hypothèse. Cet homme a une cinquantaine d’année. Le teint est basané. Les yeux sont noirs. Les cils, les cheveux et la barbe sont blancs de givre. La bouche est bien dessinée, pulpeuse et presque souriante. Deux rides profondes barrent son front. Il est épuisé mais essaie de survivre. Son regard est à la fois intense et très calme. Cet homme n’a pas peur. Il a un but qu’il atteindra coûte que coûte. C’est un homme déterminé. Et l’intensité de son regard vient du fait qu’il voit bien plus loin que ce qu’il regarde ; il voit une certaine lumière, celle de la liberté et c’est vers elle qu’il se dirige. Cet homme fuit. Il fuit les conflits de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Il marche dans les montagnes depuis des jours et des jours, ses compagnons sont tous morts les uns après les autres. Lui, il doit être plus résistant, il continue tout seul. Le froid est rude, la bise le transperce, tout est glacé. Il est en altitude et a du mal à respirer, il n’y a plus d’arbres donc plus de petit bois pour faire un feu et se réchauffer. Pour étancher sa soif, il mange de la neige. Ses seuls abris contre le vent sont les trous qu’il creuse dans la neige ou les petite grottes que l’érosion a façonné dans la roche. Dans son sac à dos, il n’y a presque plus de vivres : des abricots secs durs comme de la pierre, deux boîtes de conserve peut-être gelées et un tube de lait concentré sucré. Il faut qu’il tienne. Il a perdu un gant et sa main droite est quasiment gelée, il ne la sent plus. Son sac de couchage est trempé. Il ne dort plus, mais il continue à avancer avec sa seule boussole comme repère. Il sait où il va. Il veut rejoindre sa femme et ses trois enfants partis bien avant lui à la belle saison. Ils sont arrivés en France chez des amis qui les ont accueillis.

Il a encore huit jours de marche à peu près. Il va bientôt quitter la montagne et descendre dans la vallée italienne, ce sera plus facile. Il pourra peut-être reprendre des forces quelque part. Il atteindra son but parce qu’il l’a décidé et rien ne l’arrêtera.

C’est mon histoire de la photo de « l’homme gelé » de Steve McCurry

Pascale G.