05 A Diana W ARNAKI PASKHALIATIKO

Bientôt Pâques pour tous cette année, orthodoxes et « hérétiques « comme disait le Pater Pavlos au grand désespoir de ma mère, à l’Eglise St Etienne rue Georges Bizet à Paris,. Pater lui disait-elle vous ne pouvez pas parler ainsi aujourd’hui, ce sont des propos obsolètes et déplacés qui peuvent blesser bien des croyants d’une autre Eglise que la nôtre. Le Pater Pavlos aurait voulu la noyer dans de l’eau bénite afin d’extirper de son être cette faiblesse démoniaque qu’elle avait à « croire en n’importe quoi « comme il le prétendait. Je l’ai toujours soupçonné d’être sur la liste des volontaires « stylites et exorcistes « mais je n’en avais rien dit . Samedi, après avoir souffert la veille d’un deuil ouvertement, exagérément vécu avec larmes et blessures toujours sanguinolentes de leurs âmes orthodoxes, les grecs de Paris se réunissaient chez les uns, chez les autres, pour engloutir une Magiritsa, soupe de tripes d’agneau, laitue, oignons nouveaux herbes amères et sauce citron-oeufs délicieuse et transition incontournable entre le jeune du carême et le délire culinaire du lendemain.

Je n’en appréciais pas le petit goût aigrelet dont aujourd’hui je suis si friande et me préparais, moi aussi, à la pantagruélique journée du lendemain, qui depuis des jours tenait ma mère et Koula, sa dame de ménage grecque personnelle occupées à se fournir chez les épiciers grecs et arméniens au « métro Cadet » de tous les ingrédients de ce repas de résurrection de la vie spirituelle certes, mais de tous les sens les plus triviaux, ceux qui vous font saliver. Et voilà que cette année encore, le prix du cumin, de l’aneth, de la poutargue du Tsoureki etc était sujet à critiques et commentaires sur les abus divers du commerce oriental pendant le déjeuner pris au restaurant arménien du quartier.

Combien j’aimais aller déjeuner au restaurant Les Diamantaires, savoureux, riche en expériences gustatives et en émotions tétanisantes quand les dolmadakias, feuilles de vigne farcies, arrivaient fraîchement caramélisés en rang d’oignons dans un plat tiède et n’avaient pas le temps de nous embaumer que l’on en avait déjà commandé une autre portion.

Le marché des jours de fêtes se faisait toujours pour les grecs, chez les arméniens, le cumin, les olives, l’aneth, la feta, le fromage kaséri tout venait de chez les arméniens dont je bénis le souvenir et le sourire aimable encore aujourd’hui.

La confection du gigot durait la journée entière!

D’abord la marinade huile d’olives, sel, poivre ,thym, ail, oignons, lauriers cumin dans laquelle la cuisse dodue baignait et se faisait masser langoureusement, puis l’enfournement à petit feu et à l’étouffée, afin d’imprégner longuement les chairs de ces épices et délices, n’oublions pas les tomates qui donneront un fond de jus coloré et qui imbiberont les pommes de terres croquantes malgré tout à l’extérieur et tendres si tendres dès que les dents ont franchi cet obstacle, les dents dans la cuisine grecque jouent un rôle primordial, en grignotant, suçotant les os et aspirant tous ces liquides parfumés et dégoulinant de gras merveilleusement brillant et dont l’odeur imprégnera jusqu’au prochain shampoing nos cheveux et même et surtout nos vêtements !

Nous casserons les oeufs rouges, nous boirons du ouzo, nous mangerons trop, et la musique païenne fera un harmonieux fond aux souhaits de Bonnes Joyeuses et pleines de Santé Pâques !

Plus rite dionysiaque que chrétien les Pâques orthodoxes restent pour moi un moment ou le Sacré ne célèbre que que le Sacre du Printemps.

Diana W