05 A Pierrette C. - La bonne chère

Madame se met à table, juste un en-cas ... Madame grignote, que dis-je, elle picore, elle grappille, de-ci de-là comme font les poules au fond du jardin. Madame est au régime. La cocotte est coquette, elle veut garder la ligne. Au menu : une feuille de salade, deux œufs durs. Madame a respecté scrupuleusement le temps de cuisson ; après sept minutes à partir de l'ébullition, un jet d'eau froide, elle ôte la coquille. C'est une opération étrange que d'écaler un œuf .Casser cette enveloppe délicate, fragile et solide à la fois, d'une teinte mate et indécise, une couleur coquille d'oeuf... Au passage je vous invite à réfléchir à ceci : en l'absence de sa coquille, l'oeuf n'existerait pas ! Ou alors, je vous laisse deviner... dans quel état, lui qui a été directement en contact avec l'orifice anal de l'animal, plus généralement appelé cul de poule. D'ailleurs sans vouloir la vexer je trouve que madame a la bouche en cul de poule, surtout lorsqu'elle écale les oeufs. Mais passons.Madame épluche, le produit vient du superU par boites de six, ce n'est pas du bio, mais il provient quand même d'un cul de poule aéré, car la volaille tout comme madame a picoré. Donc l'épluchage est facile, la petite peau transparente restant bien collée à l'intérieur de la coquille. L'oeuf apparaît, nu, nacré,un peu flageolent dans sa blancheur innocente.

Deux oeufs durs qu'elle ouvre délicatement. La lame du petit couteau d'office s'enfonce doucement dans la chair tendre et gélatineuse du blanc qui tremblotte. L'arme attaque ensuite le jaune, madame sent sa consistance farineuse freiner l'avancée du couteau.

Madame est maintenant partagée devant les quatre moitiés, qui s'étalent en une très jolie marguerite sur le blanc de l'assiette de porcelaine . Peut-être devrait-elle supprimer le jaune car il est évident qu'il contient des lipides...quant au blanc aucun danger , il ne contient ni l'un ni l'autre de plus c'est bien connu, le blanc est un coupe faim et justement, madame n'a plus faim.

Pierrette C