06a - Dominique S - Les mains

Les mains Elle a froid, c’est encore une enfant. Assise dans l’herbe, emmitouflée dans mon sac de couchage, elle regarde le spectacle étrange de ses mains préparant le feu.

Elles semblent savoir ce qu’elles font sans recourir à une quelconque commande cérébrale. Ce sont elles qui leur garantiront une nuit sans insectes, un espoir de nourriture chaude, un réconfort.

Ce sont elles qui, autonomes et synchronisées, vont chercher du bois.

Vives, rapides, elles repèrent à la vitesse de l’éclair le morceau qui convient.

Ouvertes puis refermées, douces et fortes, leurs doigts entourent la branche sans la serrer.

Puis vient la construction du feu. Elles cessent brusquement toute activité.

Tournées vers le matériau qui va les servir, elles s’immobilisent là dans l’instant. Est-ce une prière ou un hommage à ce qui va être sacrifié ?

Le mouvement revient petit à petit.

Lentement, elles balayent paumes bien à plat, l’endroit du sacrifice.

Elles saisissent quelques pierres, les disposent en cercle. Les caressent avec un infini respect.

Doucement encore, elles se font coupe, coquille, nid, pour l’herbe sèche qu’elles déposent au centre de ce rond magique. Elles ramassent tout près quelques brindilles épaisses.

D’un geste soudain violent, elles cassent les branches pour construire un petit monticule.

Elles s’arrêtent à nouveau. Tout est prêt.

De nouveau, elles se font douces pour soulever le foin et y mettre la flamme.

Comme une caresse, un geste d’amour, une robe que l’on soulève lentement.

Satisfaites, elles se reposent près du feu naissant.

Enfin, côte à côte, elles s’étalent bien à plat, au dessus des flammes, pour goûter la chaleur de ce feu de bois, dans la nuit de la montagne déserte.

Dominique S.