06A - Pascale G. Ces mains-la...

Ces mains-là… Oscar Wilde disait : « Qui n’a pas éprouvé de sensations au contact d’une main ? La main, c’est l’indice du tempérament. » Moi, je dirais que c’est bien davantage. Ces mains-là, je les ai observées et aimées pendant 24 ans. Elles étaient longues et vigoureuses, des mains d’homme intellectuel plutôt que manuel, bien que maniant un jour une tronçonneuse et portant une chevalière à l’annulaire de la main droite, le doigt ayant gonflé avec les vibrations de la machine, il fallut scier la bague et le doigt est resté déformé. Avec l’âge, les veines bleutées étaient plus saillantes, puis la maladie de Dupuytren a entraîné une rétraction et une flexion progressive et irréductible des doigts de cette main droite. Mais ces mains restaient très belles. Leurs gestes élégants accompagnaient la parole de l’homme et devenaient un autre langage. Elles savaient aussi écrire des poèmes, des lettres et des conférences avec un style limpide et précis.

Ces mains-là étaient intelligentes et humanistes.

En écoutant de la musique, elles s’envolaient au rythme des mesures et des sons diffusés et devenaient alors des mains de chef d’orchestre. Elles jouaient du piano divinement bien malgré la déformation de la main droite. L’écartement des doigts longs et fuselés était suffisant pour allonger les accords avec virtuosité. Leur jeu était agile, expressif, plein de fougue ou de douceur.

Ces mains-là étaient musiciennes.

Leur peau était douce au-dessus comme en-dessous, les ongles ovales étaient bien formés et j’aimais les couper et les limer lorsque c’était nécessaire. Ces mains étaient chaudes et enveloppantes. Elles savaient caresser quand il fallait et où il fallait. Elles savaient mélanger la tendresse à l’érotisme en le sublimant, et conduire à l’extase la personne aimée.

Ces mains-là étaient amoureuses.

Elles étaient aussi accueillantes, empathiques et consolatrices parce qu’elles savaient entourer. Elles savaient aussi donner sans jamais reprendre.

Ces mains-là étaient communicantes, solidaires et tolérantes.

Ces mains-là ne pouvaient donc laisser personne indifférent parce qu’elles appartenaient à quelqu’un de différent, hors du commun, dont le charisme surprenait tous ceux qui le rencontraient.

Pascale G.