06B - Diana W - Alice une vie

Alice … ou oui je sais bien de qui vous me parlez, j’étais à la Garden Party, vous ne vous souvenez pas de moi ? En fait nous nous connaissions depuis plus de dix ans elle et moi et nos relations étaient discrètes forcément car professionnelles. J’étais son thérapeute, nous travaillions ensemble depuis longtemps et même si la vie et notre cercle d’amis nous ont rapprochés par la suite nous avons maintenu cette distance indispensable à notre travail sur elle même.Je l’ai vue arriver ce jour là, radieuse et malgré tout déjà, partout où elle allait, un nuage sombre l’enveloppait, une brume effaçant les contours du bonheur qu’elle et Thomas semblait partager, inventer à leur mesure.

Un coup de foudre, c’est ainsi que l’on peur décrire leur rencontre trois ans auparavant, quoique pour lui une sorte de prédestination l’emportait inexorablement vers cette jeune femme qui lui apparu comme ayant déjà connu son âme à travers les siècles, ou tout simplement qui lui parut comme une évidence d’amour et de complicité.

Ce départ ou plutôt cette disparition soudaine, laissant la fête et les participants tout à leur euphorie, cela je me souviens m’avait alerté et automatiquement sans même y penser je l’ai suivie. Elle était venue la veille à mon cabinet et une fois de plus j’avais essayé de la dissuader de son projet, de la remettre sur le chemin de la raison. La raison ! qui peut se vanter d’avoir pu faire miroiter la raison à une femme qui depuis dix ans vivait dans une imposture si profonde qu’elle en avait perdu le fil conducteur.

Voyez vous, Alice avait il y a quinze ans, été la maitresse de Thomas, entre eux la passion charnelle et la possession absolue du corps de l’âme et de l’existence même de l’autre était leur quotidien. L’un comme l’autre en perdait le souffle, en perdait le sommeil et en demandait toujours plus.

Mais et cela est bien connu, les femmes sont capables de tout donner et lorsque je dis tout, cela ne se limite pas à un instant, cela va plus loin, aussi loin que la mort si similaire pour un esprit sous influence à l’éternité.

C’est ainsi que Alice, qui à cette époque là s’appelait Julia, quitta Thomas sans explication, sans un mot soudainement et avec brutalité.

Sa peur de le perdre ou plutôt de perdre l’intensité de leur relation fut plus forte que son manque. Son esprit déjà atteint avait ourdi un plan d’éternel retour, d’éternelle jeunesse, de magie et de folie.

Je la rencontrai à peu près à ce moment là, elle vint me consulter, ou plutôt me mettre au fait de ses projets. Julia/Alice, s’était portée volontaire pour une expérimentation esthétique médicale et sérieuse quoique faustienne, qui pendant quelques années à force d’opérations et hormones de rajeunissement et embellissement de toute sorte, allait en faire une autre femme, plus belle, plus jeune et plus éblouissante encore. La terreur de voir les ardeurs de Thomas tiédir l’avait rendue prête à tout !

Les souffrances physiques et répercussions des traitements qu’elle subissait, elle les vivait comme une initiation au bonheur absolu que la re conquête de Thomas justifierait.

Elle et moi traversâmes cette période douloureuse et frustrante pour moi n’arrivant pas à la raisonner, et douloureuse et enivrante pour elle.

Elle arriva à ses fins, se fit présenter à Thomas sous un nom d’emprunt, le séduisit bien sûr et connaissant tout de sa sensualité, se l’attacha irrémédiablement , oui irrémédiablement car le prix de cette transformation était incroyablement cruel. Alice avait devant elle trois ans, trois ans à vivre intensément à être jeune, amoureuse, intoxiquée et intoxicante, trois ans seulement !

Je la suppliais de façon bien peu professionnelle de tout révéler à Thomas mais Alice était amoureuse de leur passion et non de leur amour.

Le jour du barbecue, fut le jour qu’elle choisit pour tout terminer. Trois ans avaient passés et leur passion les dévorait toujours. Elle s’enfuit, je la rattrapais et nous passâmes quelques heures à essayer de trouver un moyen, le moins cruel possible pour traverser tout ceci.

Alice n’eut pas la force de mettre fin à ses jours, elle eut le courage et je pèse mes mots de se voir transformée en vieille femme en très peu de temps.

Thomas, inconsolable encore une fois, sans savoir que son coeur fut brisé deux fois par a même femme, se mura dans un silence semblable à un desert infini où ne volent que les éperviers de la solitude.

Il se laissa aller physiquement, ne pu plus assurer son travail dont l’interêt ne lui semblait qu’anecdotique et en vint à avoir besoin d’aide quotidienne pour survivre car vivre pour lui n’était que souvenir.

C’est ainsi que vous pouvez si vous allez chez Thomas, être reçu par Yvonne, une dame d’une douceur extrême, qui s’occupe de lui avec tout l’amour et la dévotion dont une âme malade et involontairement maléfique sont capables.

Une histoire de folie, n’est-ce pas ?

Une histoire de ni avec toi ni sans toi.

Oui je vous l’affirme en 24 heures la vie d’une femme peut changer ou se détruire ou se sublimer, à votre choix.

Diana W