06B - Pierrette C- L'amie d'enfance

Cette histoire se passe a St Victor De Réno à l'extrémité du printemps dans le jardin d'une amie . Tout est prêt pour nous recevoir: La pelouse a été fraîchement repeinte, les braises cramoisies attendent les chipos en rougissant de plaisir à chaque souffle de vent , les tulipes sont au garde à vous, les églantines s'exhibent et font les folles, les lilas gonflent leurs joues et répandent une odeur poudrée, quelques herbes folles divaguent incohérentes, innocentes, dispersées … C'est une belle assemblée autour du barbecue , du beau monde comme on dit … il y a là quelques beaux oiseaux aux plumes célèbres , tous genres et époques confondus. Parmi eux, tout au fond à l'ombre de la pergola, Marguerite Yourcenar fume sa clope en bavardant avec Marguerite Duras, qui sirote son quatorzième Campari, elles viennent de se rencontrer. Un peu plus loin à l'ombre des églantines en fleurs Marcel déguste un calva dans lequel il trempe sa madeleine, remède prescrit par son médecin pour stimuler sa mémoire défaillante ...Guillaume Musso lui tient compagnie, la gloire qu'il tire de son dernier ouvrage le rend loquace , il va même jusqu'à donner des conseils au beau Marcel charmé et surpris, l'oeil humide sous l'effet du calva . J'aperçois prés de l'étang, Georges Sand , fatiguée car elle s'est encore disputée avec Frédéric, Colette, épuisée parce qu'elle est venue en vélo, Victor Hugo perdu dans les malheurs de ses souvenirs; assoupis tous les trois sur un banc . Un air de jazz raisonne de l'autre coté du parc c'est Boris Vian à la trompette , il réveille tout le monde mais ne fait que passer, dommage !... Pérec est là lui aussi, avec Pierre Michon, ils discutent des choses, des vies minuscules quand soudain quelqu'un pousse un cri, c'est Lewis Carroll .«ALICE ALICE!» Alice a disparu . Ils sont arrivés,...il y a environ une heure, «se tenant par la main l'air émerveillé comme deux chérubins» ils vivent ensemble depuis maintenant quelques siècles et semblent s'entendre fort bien .C'est Agatha qui les a accueillis à leur arrivée, j'ai eu la nette l'impression qu'elle les attendait …elle va sûrement nous en faire toute une histoire...

La nouvelle se répand les allées du jardin , chacun y va de son hypothèse, les invités sont tous très inquiets, ils connaissent Alice , l'apprécient et, pour la plupart n'imaginent pas une minute qu 'elle se soit volatilisée , car pour chacun d'eux c'est un personnage de la plus haute importance .

Une battue est organisée en forêt de Réno, ils partent tous, Marcel a pris la tête de l'expédition, il aime perdre son temps, Perec a emporté son sac à dos plein de trucs qui ne servent à rien, Lewis se livre à d'improbables calculs pour déterminer l'emplacement possible de la fugueuse, Colette en profite pour herboriser, Guillaume Musso suit le mouvement et pense qu'elle a peut être emboîté le pas du premier chaud lapin venu, car ils prolifèrent et batifolent en forêt de Réno en ce printemps précoce. Marguerite Duras elle, est émerveillée , le ravissement forcément, elle connaît…

Chacun selon son style part à la chasse, ou plutôt à la recherche.

Quant à moi , je reste seule dans ce jardin des délices, je m'installe à l'ombre du grand chêne,je pense à Alice, j'essaie de la retrouver, pas facile, pourtant je la connais bien , Alice est mon amie d'enfance mais nous n'avons pas grandi ensemble, nous sommes finalement restées des enfants, farceuses et insolentes,joueuses et facétieuses, pas sérieuses.

Pierrette C