07B -Diana W. Le souffle de ton sillage

Ce soir il fait tiède et mon corps rebelle à toute détente pendant si longtemps se prend au jeu du « souviens toi « .

Il flotte dans l’air un parfum, une caresse, une tiédeur me revenant soudainement presque brutalement, les larmes débordent de mes paupières de douce torture ou de joie, comme effleurement léger d’une mélancolie pourtant passionnée, d’une douceur aux nuances masochistes, un mélange de sentiments dont je croyais m’être éloignée depuis … depuis le temps de ta présence, depuis la déchirure de ton absence, depuis l’amalgame infernal et illusoire dont je berce mon esprit nébuleux et errant dans la solitude et qui répète à chacun de mes souffles - tu es là pour toujours en moi, tu es là, tu es en moi tu es moi, jusqu’à ne plus jamais terminer ce premier instant.

Mon être mutilé de toi ne survit que grâce à la mécaniques huilée par les années de faire semblant, de l’illusion d’une discipline souvent confondue avec dignité et pudeur.

Il n’y a rien de pudique dans l’arrachement.

Il n’y a rien de sublime dans cette douleur au ventre, au cœur, à l’âme.

Il n’y a que vide, stupeur, sidération et hurlement silencieux.

Il n’y a plus rien.

L’envie de vivre s’en est allé laissant un sillage de douce amertume, douce oui douce car ton souvenir qui m’arrache la vie est une torture d’une tendresse perverse puisqu’il me relie encore à toi, puisque dans la souffrance je te retrouve, toi dont l’absence me tue à nouveau encore et encore.

Mais ce soir, ce soir il y a en suspens dans l’air un parfum de muguet de tubéreuse et de jasmin, fleurs blanches et voluptueuses dont tu embaumais ma vie;

Ce soir ce parfum s’unit au fumet des arômes s’échappant des plats et tajines où compotent les magies culinaires de ce jour.

Ce soir par le biais des sens qui me restent vivants, je renais à la vie de ma vie.

Les gorgées dorées de Meursault, notre complice des jours de soleil précurseurs de siestes où je flottais dans une zone magique entre bonheurs et Bonheur glissent lourdement voluptueuses au fond de ma gorge et j’ai le mal de toi, le mal de te boire, le mal de te déguster à nouveau et encore et encore jusqu’à l’ivresse.

Ce soir je reviens à la vie en ressentant une forme de plaisir douloureux, intoxicant dont je savoure la perversité et dont je désire être dépendante.

Non, ce ne sera jamais plus avec toi.

Non ma solitude cosmique ne s’éloigne pas.

Ma solitude s’est assise près de moi, happée par le vide de ton manque.

Ma solitude invitée d’honneur ce soir à ma table est la partie dont ton absence m’avait privée, revenant au temps du banquet de l’amour dont chaque instant semblait devoir être éternel.

Te boire

Te dévorer, je ferai cela en souvenir de nous aux premiers jours du muguet.