08A - Charlotte R - Drôle de vie

Drôle de vie

17 mars. La nouvelle tombe, nous voila confinés pour 15 jours. J’ai du mal à croire que cette situation soit possible en 2020 et que le virus ne soit plus que chez les autres… Pour quelqu’un qui adore être dehors, bouger, voir ses proches, je me dis que je vais vite tourner en rond dans mon appartement de 60m². Cela dit j’ai quand même de la chance, j’ai un balcon. Seul petit hic, il donne gentiment sur l’immeuble voisin. J’ai donc le soleil entre 10h30 et 13h30 si je me débrouille bien (et que je déplace ma chaise) et ensuite c’est au tour de mes voisins d’en profiter.

Autre élément de contexte de mon confinement, et pas des moindres, je vais le passer avec mon chéri. Nous vivons ensemble depuis longtemps, mais comme il est commercial itinérant, habituellement il est une semaine sur la route et deux semaines chez nous.

Mais situation oblige, nous voilà tous les deux en télétravail. Mais pour un commercial comme lui, pas évident de travailler quand tout est fermé et que le monde est inquiet. Il ne travaille donc pas beaucoup et se réfugie très vite vers la télé et sa console pour passer le temps. Et quand j’ose lui demander pourquoi il n’essaye pas de faire autre chose, il me répond : « je ne vais quand même pas me mettre à lire ou à faire du tricot ». A ce moment-là, je me dis que cela va être long et qu’avec nos tempéraments respectifs, le confinement risque d’être pimenté ! Affaire à suivre.

Comme pour beaucoup j’imagine, les premiers jours n’ont pas été évidents, en particulier pour mon chéri, car même si la télé lui passait le temps, le soir venu, quand la nuit tombait et que nous fermions les volets, je voyais son visage se métamorphoser, il s’éteignait, se refermait sur lui-même. Le sentiment d’enfermement et d’oppression l’envahissait. On se disait : « je comprends ce que vivent les animaux en cage ». Et les informations à la télévision n’arrangeaient rien, tout était anxiogène, surtout que ce n’était pas seulement pour quinze jours finalement.

De mon côté, j’ai trouvé de quoi m’occuper et je travaillais, donc les journées passaient vite. Cela dit, je commençais déjà à faire des choses inattendues. Effectivement, le 4ème jour, je lavais mes rideaux, et le premier dimanche j’organisais un badminton dans notre salon ! La folie me gagnait. Rassurez-vous, j’ai canalisé mon énergie et mon imagination au profit de tâches plus « classiques » : lecture, jeux, scrapbooking, couture.

Et puis le temps est arrivé pour moi aussi d’être au chômage technique car je travaille pour un secteur très pénalisé par le virus. Le champ des possibles s’ouvrait alors à moi. Qu’est-ce que j’allais pouvoir faire de tout ce temps ?

Curieuse de nature, j’ai fouiné sur internet pour trouver des idées pour m’occuper, des nouveaux jeux de société pour jouer avec mon conjoint mais également avec ma famille par skype. Ce confinement a modifié les rapports humains, on ne peut plus se voir en vrai, mais au lieu de créer une distance, de mon côté je trouve que cela a permis de resserrer les liens. On appelle nos proches, on prend des nouvelles, on fait des visios pour « voir » d’autres humains et apporter un peu de pep’s à notre quotidien. J’ai même fait des « repas » avec mes proches.

Alors que je pensais que je n’apprécierais pas d’avoir autant de temps à ne « rien faire », j’ai découvert que cela permettait de se retrouver avec soi-même. Effectivement, nous nous retrouvons avec un temps infini à disposition pour nous poser les bonnes questions : qu’est-ce que je veux vraiment dans la vie ? Qu’est-ce qui est important ? Cette situation nous prive partiellement de notre liberté, notamment notre liberté de mouvement avec cette fichue attestation, mais c’est une occasion rêvée pour se découvrir, se réinventer. Jamais dans notre vie, nous n’aurions pu imaginer qu’une telle situation arriverait. Habituellement, nos semaines passent à une vitesse folle, c’est « métro-boulot-dodo », une vie effrénée, à mille à heure où il faut tout gérer. Aujourd’hui, on nous octroie une pause, une parenthèse. Bien sur la situation n’est pas simple, chacun ayant ses contraintes, ses peurs de l’avenir, mais plutôt que de prendre cette situation comme un fardeau, et de me lamenter sur ce que je ne peux pas faire, j’ai choisi d’en voir le positif, et chaque jour je découvre de nouvelles choses, comme dernièrement, un atelier d’écriture…

Charlotte R.