08A - Diana W. Le confinement

Le Confinement

Comme souvent c’est un changement de bruit de fond qui se fait puissant et hurle de plus en plus, même si ce qu’il assène est le silence.

Et ensuite viennent les autres sensations, le temps qui s’étire et se fait chat, les odeurs qui se désolidarisent des odeurs ambiantes, des autres odeurs, des autres ambiances, on se retrouve avec l’essentiel, toi, moi, nous.

Cela est vrai que depuis le début ce noyau sensoriel était déjà là, et c’est je crois cela qui fait que nous avons fusionné, lassés que nous étions de nous délayer dans la vie, odeurs et couleurs des autres.

Et ainsi peu à peu nous nous retrouvons au coeur du coeur de notre union.

Entourés et accompagnés du bruit assourdi des battements de nos coeurs qui malgré nous battent à l’unisson, sans concertations, sans chorégraphie et malgré nous, simplement, naturellement.

Pas de reflexions imposées sur la valeur des moments échangés, pas de bilans, pas de conclusions hâtives.

Un pas de côté, une Pavane à l’ancienne rythmée par nos souffles et nos regards, une mise au pas, à l’harmonie, au rythme de nos sentiments.

La musique nous habite plus que de coutume, la lecture aussi, et même l’écriture prend une ampleur et de l’élan.

J’aurais pu mettre à profit ces semaines pour investir le domaine où je vis, polir, reluire, ordonner et me connecter tout azimut.

J’en ai décidé autrement, je me suis laissée happer par le côté cotonneux de cette assignation à résidence surréaliste et m’en trouve bien finalement.

Ce temps nous est imparti pour une raison bien singulière, ce temps et ces plages de bien et mal être. Nous avons le choix il me semble en tout cas que je l’ai, de tout remettre en question, tout nettoyer, tout aligner et essayer de tout comprendre.

Mais non, il n’en est rien, cet espace silencieux, solitaire et possessif s’est répandu en moi et me met face à ma réalité, à celle de mes choix, à leurs conséquences;

Si je suis ici avec toi, si je reste ici avec toi ce ne sera plus par hasard, ce sera par mûre et lente décision, par maturation de sentiments, par fatalité ou bien même par la force du Destin, selon l’humeur de l’instant de réflexion fut elle lyrique, magique ou pragmatique.

Quand aurais je eu ce privilège si cette réclusion ne nous avait pas été imposée et l’aurais je eu ?

Comment aurais je pu faire abstraction des retombées ambiantes et rythmes et pulsions extérieures et me concentrer sur ma réalité, sur mon état d’être ?

Sans artifices, sans écran, sans excuses de déconcentration et sans biaiser je peux dire à moi même tu es là car tu ne pouvais choisir autre chose.

Il me prend d’avoir une pensée nostalgique sur les choix de ma vie passée, et me sens encore plus privilégiée en le faisant. Aurais je fait les mêmes choix, auraient ‘ils été confirmés par le temps si une plage de flottement dans l!intemporel leur avait été offerte ?

Plus de fausses raisons, plus de victimisation et de si j’avais pu, si j’avais su.

Descente en soi au plus profond de soi et enfin peut être sérénité et acceptation de soi même.

Cette période de distanciation et solitude est remplie de sentiments certes plus éclectiques et rares mais de sentiments dont je pense je ne voudrais pas me séparer, sauf peut être à la prochaine occasion d’introspection qui nous attend … Peut être.

Diana W.