09 - Autoportraits

Lundi 18 mai 2020

Bonjour à tous et à toutes,

Le thème de ce premier atelier après le « déconfinement » sera l’autoportrait. Pour nous accompagner, j’ai choisi deux auteurs américains : Paul Auster notamment avec son autobiographie parue il y a quelques années « Chroniques d’hiver » et Jonathan Safran Foer avec son livre « Me voici » L’Olivier 2011.

Proposition A Autobiographie du corps Trente ans après L'Invention de la solitude, Paul Auster pose sur son existence le regard du sexagénaire qu'il est devenu. Bien loin, cependant, du journal intime ou du classique récit autobiographique, cette Chronique d'hiver aborde la méditation sur la fuite du temps sous l'angle du compagnonnage que tout individu entretient avec son propre corps. L'inventaire de tes cicatrices, surtout celles de ton visage que tu peux voir chaque matin quand tu te regardes dans le miroir de la salle de bains pour te raser ou te peigner. Tu y penses rarement, mais chaque fois que tu le fais, tu comprends qu'il s'agit de marques de vie, que cet assortiment de lignes brisées, gravées sur ton visage, sont les lettres d'un alphabet secret qui raconte l'histoire de la personne que tu es, car chaque cicatrice est la trace d'une blessure guérie, et chaque blessure a été provoquée par une collision inattendue avec le monde. (…) 1952. Cinq ans. Tout nu dans le bain, seul car désormais assez grand pour te laver toi-même, et alors que tu es allongé dans l'eau tiède, ton attention est soudain attirée par ton pénis qui pointe hors de l'eau. Jusqu'ici, tu n'avais jamais vu ton pénis que de dessus, quand tu étais debout et regardais vers le bas, mais vu sous ce nouvel angle, à peu près à hauteur d'yeux, tu t'avises que le bout de ton organe mâle circoncis ressemble étonnamment à un casque. A un casque d'autrefois, comme en portaient les pompiers à la fin du XIXe siècle. Cette découverte te fait plaisir, car, à ce stade de ta vie, ta plus grande ambition est de devenir pompier quand tu seras grand, profession que tu estimes être la plus héroïque du monde (ce qui ne fait pas l'ombre d'un doute), et ça tombe donc on ne peut mieux que ta personne même s'orne du blason d'un casque de pompier miniature, et, qui plus est, sur la partie de ton corps qui ressemble à un tuyau et fonctionne comme tel.

A : Je vous propose de choisir un âge de votre vie, un événement ou un moment de votre vie qui vous a marqué. Vous nous le racontez en utilisant le même procédé, la seconde personne du singulier. Installez-vous à tu et à toi avec celui ou celle que vous étiez et racontez-nous en 1000 mots maximum, ce moment de votre vie.

Jonathan Safran Cohen est un écrivain américain né en 1977. Il est diplômé de l'Université de Princeton où il a été élève de Joyce Carol Oates et de Jeffrey Eugenides. Il est célèbre pour son premier roman "Tout est illuminé" ("Everything Is Illuminated", 2002), l'histoire d'un jeune juif américain qui voyage en Ukraine pour retrouver la femme qui a sauvé son grand-père du génocide. Jacob et Julia Bloch vivent à Washington (D.C.) avec leurs trois enfants. Derrière la façade rassurante qu’offre cette famille juive typiquement américaine , une crise majeure se prépare. Elle éclate lorsque Sam, le fils aîné, se fait expulser du lycée, et que son père est surpris en train d’envoyer des textos pornographiques à une inconnue. D’autres secousses vont suivre, menaçant les Bloch d’une dislocation définitive.

Proposition B Géographie autobiographique

Il avait habité un appartement aux murs couverts de livres jusqu’au plafond et aux tapis si épais qu’un dé pouvait s’y perdre ; puis dans une pièce et demie au sol de terre battue ; dans la forêt, sous d’impassibles étoiles ; sous le plancher d’un chrétien pour qui, à un continent de distance et trois quart de siècle plus tard, un arbre serait planté en commémoration de sa vertu ; au fond d’un trou pendant de si nombreux jours qu’il n’arriverait plus jamais à déplier complètement ses genoux ; parmi des gitans, des partisans et des Polonais à moitié honnêtes ; dans des camps de réfugiés et de personnes déplacées ; sur un bateau contenant une bouteille contenant un bateau qu’un agnostique insomniaque avait miraculeusement réussi à fabriquer à l’intérieur ; de l’autre côté d’un océan qu’il ne traverserait jamais vraiment ; à l’étage d’une demi-douzaine d’épiceries qu’il s’était tué à retaper pour en tirer profit à la revente ; aux côtés d’une femme qui vérifiait si souvent les verrous de la porte qu’elle finissait par les casser, et qui mourut de vieillesse à 42 ans sans le moindre propos élogieux dans la gorge, mais avec des cellules de sa mère assassinée qui continuaient à se diviser dans son cerveau, et finalement, lors de ce dernier quart de siècle, dans un duplex de Silver Spring aussi silencieux qu’une boule à neige : cinq kilos de Roman Vishniac pâlissant sur la table basse ; « Ennemies, une histoire d’amour » se démagnétisant dans le dernier magnétoscope au monde en état de marche ; une salade d’œuf virant au foyer de grippe aviaire dans un réfrigérateur momifié par les photos d’arrière-petits-enfants magnifiques, prodigieux et sans tumeur.

La proposition consiste à raconter ou plutôt à énumérer en une seule et longue phrase rythmée par des points virgules, les lieux où vous avez habité, les pays, les villes visités ou encore ceux ou celles que vous avez aimé. La contrainte : si possible une seule phrase sinon : l’humour, l’autodérision et les deux en même temps serait parfait.

Proposition C, pour les mécontents

Pour ceux qui n’aiment pas l’autobiographie, les auteurs américains, le déconfinement, le beau temps et qui hésitent encore à apprécier l’idée de participer à un atelier d’écriture je propose « l’auto portrait en creux ». Racontez nous ce que vous n’êtes pas, ce que vous détestez, ce que n’imaginez même pas.

Merci de renvoyer vos textes d'ici vendredi soir à mon adresse mail.

Je vous souhaite une très belle semaine.

Sybille