09A - Christine B. - Sarah

Sarah

Mars 1992, tu as 32 ans et physiquement tu t’entretiens plutôt bien. Ce matin tu te réveilles fatiguée, nauséeuse et pourtant tu n’as pas fait la fête hier ! C’est sûrement une petite indigestion, tu as vraisemblablement mangé quelque chose de périmé, c’est quoi cette manie aussi de consommer des produits dont la date de péremption est passée, de l’inconscience un peu non ? A partir d’aujourd’hui c’est décidé tu vas faire une liste de repas pour la semaine et tes courses en conséquence.

Tu n’es pas hypocondriaque donc pas de panique, une journée au bouillon de légumes et tout va revenir dans l’ordre. Une journée, deux, trois mais rien ne passe. Tu décides de prendre rendez-vous chez ton médecin, c’est plus raisonnable quand même on ne sait jamais.

Lors de la consultation ta généraliste t’écoute décrire tes symptômes et avec un grand sourire elle te dit « nous allons faire une prise de sang Madame, je pense que vous êtes enceinte ». Tu n’avais même pas envisagé cela et pourtant tu avais envie d’être maman. Tu repars du cabinet à la fois heureuse de cette probabilité mais également paniquée à l’idée d’avoir dans ton corps un petit être qui a déjà pris vie. Tu as envie de sauter de joie, d’annoncer au monde entier la bonne nouvelle mais tu n’en feras rien. Déjà la raison prend le dessus tu vas attendre les résultats de l’analyse.

Positif ! Alors c’est vrai tu vas être mère ? Ta joie est immense mais tu ne vas toujours rien dire. Les fausses couches ça existe donc tu laisses passer trois mois avant d’annoncer la nouvelle au cas où ce petit être serait fébrile et ne tiendrait pas le coup.

Le temps passe et hop tu annonces la nouvelle. Réactions mitigées dans la famille le père est heureux, tes parents aussi, ta belle-mère beaucoup moins. Son fils est divorcé et a deux enfants à charge dont il a obtenu la garde, elle s’inquiète, tu vas peut-être moins bien t’occuper d’eux après !

Tu laisses dire ce n’est pas le plus important pour toi qui a deux préoccupations principales. Ton enfant sera-t-il normal ? Questionnement légitime car ta sœur est handicapée. Certes elle est née avec le cordon ombilical autour du cou, ce qui a entraîné une mauvaise irrigation du cerveau, mais peut-être aussi ta mère avait- elle contracté la toxoplasmose pendant sa grossesse. Tu dois en avoir le cœur net, savoir si tu es immunisée, une prise de sang et tu auras la réponse. Ouf tu es immunisée. La deuxième préoccupation, plus futile, tu ne veux pas prendre, comme ta belle-sœur, vingt kilos pendant ta grossesse. Pas question de manger pour deux comme faisaient les générations précédentes.

Au fil des mois ton corps se transforme, ta poitrine grossit, ton ventre s’arrondit, tu es subjuguée par toutes ces transformations. Tu n’es plus seule dans ton corps, il est habité et s’adapte au fur et à mesure que son hôte grandit. La petite chose qui vit en toi se manifeste ; au début tu avais juste le ventre qui ondulait par moment mais maintenant il ou elle gigote de plus en plus, tu reçois des coups de pied de l’intérieur jour et nuit.

Tu ne veux pas connaître le sexe de l’enfant, il se trompe parfois encore, tu ne veux pas être déçue. De ce fait il va falloir choisir deux prénoms de chaque sexe. C’est important de donner au moins deux prénoms à ses enfants, ça facilite les démarches administratives en cas d’homonymie. Et oui, il faut essayer de penser à tout. Chacun fait sa petite liste qui est commentée, il faut justifier nos choix. « Maxime, pourquoi Alexandre ? » Du haut de ses 9 ans et déjà féru d’histoire il répond « Car le Roi Alexandre est courageux et téméraire ». D’accord alors on le retient. Quatre listes, ça ne va pas être simple de choisir sans décevoir personne.

Tu commences les séances de préparation à l’accouchement. Tu retrouves ton petit groupe à l’hôpital, tu sympathises avec d’autres futures mamans. Globalement toutes celles dont c’est le premier enfant appréhendent l’accouchement. Celles qui ont déjà vécues cet événement nous partagent leurs expériences, plus ou moins rassurantes. La sage-femme qui anime le groupe nous informe sur les processus permettant de réduire la douleur et notamment la péridurale. Elle nous explique que l’anesthésiste injectera un produit entre deux vertèbres de la région lombaire afin d’insensibiliser toute la moitié inférieure du corps. Elle nous montre la seringue qui sera utilisée. Elle est énorme ! Pas question pour toi d’être piquée avec ça, d’autant plus que si l’anesthésiste tremble un peu tu risques finir paralysée. C’est décidé pas de péridurale pour toi et puis avant les femmes accouchaient bien sans.

Dernier mois de grossesse, tu n’as pris que dix kilos mais ton corps commence sérieusement à t’entraver dans l’exercice de tes tâches journalières. Avec ton gros bidon tu as du mal à te plier pour mettre tes chaussures. Début décembre tu es prise par une frénésie de ménage : aspirateur, serpillière, poussière, vitres, tout y passe. IL parait que c’est un signe, c’est pour bientôt.

Le 3 décembre, 10 heures du matin tu pars à l’hôpital. Arrivée sur place on t’installe dans une petite chambre, on te branche le monitoring. « Oui Monsieur il y en a pour un grand moment, vous avez le temps d’aller faire quelques démarches. » Une bonne heure passe, tu es seule dans cette chambre avec des douleurs de plus en plus vives. Tu appelles l’infirmière, finalement cette péridurale tu la veux bien.

Elle arrive, t’examine et appelle ses collègues « vite il faut l’amener au bloc opératoire, le bébé commence à sortir ». Trop tard pour la péridurale !!

A midi, Sarah est allongée sur ton corps, une belle petite fille d’à peine trois kilos, toute jolie.

C’est le début d’une nouvelle aventure, celle de l’apprentissage de ton rôle de maman. Seras-tu une bonne mère ? Ça c’est une autre histoire.

Christine B.