09A - Françoise L - La SPO

La S.P.O

Tu dors à poings fermés dans ton premier studio aux parois roses, moelleuses, élastiques, dénué de toutes fenêtres , à neuf mois éjection brutale une belle nuit de mai; dans la chambre au linoléum bleu océan rêves d’ange dans le petit lit et cauchemars du lit gigogne qu’il faut déployer le soir, replier le matin; à 13 ans n’attendant plus le marchand de sable, enfin seule dans la chambre derrière la cuisine, tes seins s’éveillent sous ta chemise de nuit ; tes Clarks s’usent dans les manifestations de Nation à République, au retour : sommeil de plomb dans la chambre de bonne, située au dessus de l’appartement parental; été 1976 à demi-éveillée, sous la douche du deux pièces cuisine-baignoire,de tes mollets s’enfuit une multitude de puces; 7h30 train Paris-Dreux achèvement de ta nuit, 14h30 amphithéâtre, rue de l’école de médecine assoupissement, Samedi 0h30 ronflements dans la chambre du fond pendant qu’une trentaine de tes copains se trémousse en cadence dans 30m2 ; aux Bluets, ta peau parsemée de plaques rouges d’urticaire, une pilule rose avalée, impossible de te réveiller, aux Lilas lors d’une forte nuit de pleine lune, effondrement sur le lit de veille.

A Dreux un interne t’initie à la S.P.O : Sieste Préventive Obligatoire , dormir tout son soul la nuit, le jour, le jour ou la nuit, dormir comme une souche cinq minutes, deux heures ou trois jours, peut-être cent ans comme la belle au bois dormant ; devenue docteur honoris causa en S.P.O, ses déclinaisons n’ont plus de secret pour toi: le bain de soleil, la sieste câline, le sommeil du juste ; pas besoin de compter les moutons ni de tomber dans les bras de Morphée, juste faire ton lit et te coucher, ainsi la nuit t’a souvent portée conseil, tu as beaucoup dormi et peu dîné; en somme une vie à dormir sur tes deux oreilles ou plutôt une vie à dormir debout.

Confinée pendant deux mois cette fois ci bien éveillée, il n’est plus question de dormir, il est temps de vivre, de jouir, d’écrire… avant le dernier sommeil.

Françoise L.