09A - Hadjira La potion

Tu étais si jeune, c’était ton premier voyage. Tu étais si heureuse, c’était la première fois que tu visitais le pays de tes parents. Le soleil était tellement vif qu’il rendait toutes les couleurs criardes. Tout paraissait intense, différent. Un vent chaud

t’enlaça, mais il était lourd, pesant. Soudain, tu as eu du mal à respirer. Puis tu pris une grande inspiration, tu souris. C’est comme ça qu’on accueille les personnes que l’on aime. Une après-midi alors que tu jouais dans le jardin de tes grands-parents, tu as entendus ta mère se plaindre, elle avait mal au dos. Tu as alors compris que tu avais une mission. Tu devais la guérir. C’était peut-être les dessins animés que tu regardais ou les livres que tu lisais, mais tu aimais penser être si courageuse que tu pouvais sauver n’importe qui. Tu devais aider ta mère, comment ? Tu commenças alors à observer ce qui t’entourait. Devant toi, un arbre aux longues branches à hauteur de ton nez, des feuilles d’un vert presque bleu dont le parfum envoûtant attira ton attention. Je peux te le dire aujourd’hui, c’était de l’eucalyptus. Puis tu tournas la tête, de la

menthe poussait dans un pot, et il y avait des fleurs aussi, des roses peut-être, et de l’huile d’olive sur la table de la terrasse. Frénétiquement, tu arrachas les feuilles de l’eucalyptus, et les feuilles de la menthe, et les pétales de la rose, et tu attrapas la

bouteille d’huile d’olive. Tu savais ce qu’il fallait faire. Tu partis dans la cuisine te saisir d’un mortier, tu mélangeas tous ces ingrédients, puis avec un pilon tu réduis en bouillie toute cette mixture. C’était la solution. Tu te pavanais dans la maison, tu scandais que tu avais créé un médicament, une potion, que tu allais soulager ta mère. Tu montras ce remède à ta grand-mère, elle te félicita. Tu étais si heureuse. Maintenant, il fallait trouver ta mère. Elle était dans le salon, allongée sur le canapé. Elle ne bougeait pas. Elle était sur le dos, la main sur les yeux. C’était sérieux. Doucement, tu t’approchas, il ne fallait pas faire de bruit. “Maman.... Maman...” Pas de réponse. “Maman...”. Tu secouas sa main. Elle se mit à gémir. Tu retournas vers ta grand-mère, elle te conseilla d’attendre.

La nuit tomba et ta mère s'était réveillée. “Maman, je t’ai fait une potion ! Il faut la mettre sur ton dos !” À cette époque, tu y croyais vraiment. “C’est pour t’aider ! Pour ton dos !” Au départ, elle ne voulait pas que tu lui appliques cette huile c’est ta

grand-mère qui réussit à la convaincre. Te voilà donc dans la chambre, avec ta grand-mère et ta mère, à lui appliquer cette fameuse potion sur son dos. “Je n’ai plus mal !!” s’exclama ta mère. C’était presque instantané ! Tu avais vraiment un don ! Tu étais aux anges.

Longtemps après ce voyage, tu questionnas ta mère. Cette huile avait-elle vraiment fonctionnée ? “Bien sûre que oui ! “ Assurait-t-elle. Elle t’a d’ailleurs demandé de reproduire ce mélange des mois après pour un oncle qui souffrait de

douleurs au dos. Tu as vraiment mis du temps à comprendre que ce mélange était inefficace, mais ce n’était pas important. En vérité ce soir là, ta mère t’a autorisé à rêver.

Hadjira