09A - Véronique M. Balade à vélo

DRÔLE DE BALADE A VELO

Tu es la dernière des trois filles et tu te prénommes Véronique. Tu habites depuis un an chez ta marraine Gabriella. Tu ne sais pas ce qu’est une marraine parce-que tu as 4 ans, mais c’est comme cela qu’elle t’a été présentée. En ce Dimanche d’Aôut, il fait très beau et Gabriella t’ emmène avec tes deux soeurs dans sa voiture pour aller faire du vélo avec des dames très gentilles. Tu aimes cette voiture car on peut enlever le toit. Ta grande soeur te dit, c’est une Juva 4 et ça s’appelle une décapotable.

Toi, tu veux bien, tu n’y connais rien, mais elle te dit que c’est la plus belle voiture du monde !

Va pour la plus belle voiture du monde, ce que tu sais, c’est que tu aimes être assise à l’arrière et tu ris aux éclats quand, la vitesse aidant, tes cheveux dansent sur ton visage. Bon, tu n’as pas bien compris pourquoi il fallait aller faire du vélo avec des dames que tu ne ne connais pas, mais si ta marraine trouve cela bien pour toi, alors, c’est bien.

Pour l’occasion, tu as mis ta robe à bretelles, celle que tu affectionnes particulièrement car tu la trouves très jolie. Elle est blanche avec un peu de broderies multicolores, Gabriella t’a dit que cela s’appelle des smocks. Tu as choisi aussi des souliers vernis et de petites socquettes blanches .

Sitôt dans la voiture, tu chantes à tue-tête avec tes soeurs...colchiques dans les prés, fleurissent, fleurissent .....

Elle te fait rire, ta grande soeur, elle est toujours en train de bouger et de faire des bêtises. Pourtant, des fois, elle te pince derrière le cou, mais sinon, tu te dis que tu as envie d’être comme elle quand tu seras grande. Il n’y a pourtant pas tellement de différence d’âge, mais pour toi, du haut de tes 4 ans, c’est une grande. Ton autre soeur a 6 ans, et elle est un peu méfiante avec l’aînée ; toi, elle t’ignore, tu ne sais pas pourquoi car tu aimerais bien jouer avec elle.

Après une bonne heure de route à travers la campagne champenoise, la voiture se gare près d’une grande bâtisse grise, peu avenante. Breuuu.... tu n’aimerais pas habiter là. Tu apprendras par la suite que c’est l’usine de fabrication des bas DD. En descendant de la voiture, tu vois Gabriella embrasser une dame qui s’appelle Monique et serrer la main des deux autres. Tu te caches dans la robe de ta marraine car tu as peur de tout ce que tu ne connais pas, et là, tout t’est étranger, la maison, les paysages, les dames. Tu ne te rappelles plus comment elle t’a présenté cet après-midi, tu sais simplement qu’il s’agit de faire du vélo. Tu as bien ton petit vélo à roulettes à la maison, et tu fais souvent le tour du jardin dans les allées bordées de massifs de fleurs. Tu aimes ça, le vélo, même si tu as toujours un peu peur de tomber malgré tes roulettes de sécurité....on ne sait jamais !

Là, ce sont trois grands vélos qui nous attendent avec un porte-bagages pour chacune. Ah, ça se corse, tu n’aimes pas être sur un grand vélo, qui plus est quand il est conduit par quelqu’un que tu ne connais pas. Comble de malchance, c’est la dame que Gabriella a embrassé et qui n’a pas l’air commode qui te mettra sur le sien. Mais il faut bien faire contre mauvaise fortune bon coeur, marraine a dit qu’elle reviendrait vers 17h et qu’elle nous confie à Monique, et aux deux autres jeunes filles. Tu soupires intérieurement, tu aurais été tellement mieux à sommeiller en suçant ton pouce, enfoncée dans les grands coussins du salon. Bien, de toute façon, à 4ans, on ne décide pas, alors il te faut obéir et monter sur ce sacré vélo !

Tu te dis que tu n’as pas de chance, tu as justement celle qui te fait peur ! Tes soeurs ont l’air ravi avec ces jeunes femmes rieuses. Il faut bien que tu te résolves à monter sur le porte-bagages, non, c’est plutôt la dame qui te monte sur son vélo et déjà, tu sens que ça ne va pas être une partie de plaisir. Tu as toujours été, du plus loin que tu te souviennes, un peu gauche, un peu maladroite et avec ce siège qui te fait mal aux fesses, tu n’as plus envie de cette balade si jamais tu en avais eu l’ envie. Le vélo démarre et tu gigotes un peu pour avoir moins mal. Si bien qu’à un moment, la dame arrête le vélo et te fait une remontrance. Décidément, elle te fait peur et tu décides de ne plus bouger. Mais tu te retrouves vite de travers et à un moment-, ton pied se prend dans les rayons. Tu te mets à hurler, le vélo s’arrête, tu saignes abondamment. La dame aux yeux d’acier a l’air mécontente et à la fois ennuyée. Les deux jeunes filles te portent pendant qu’elle va téléphoner à ta marraine. Après une heure d’attente, ta marraine arrive enfin à l’hôpital où les pompiers, appelés en urgence, t’ont transporté. Pendant que la dame aux yeux d’acier décrit au médecin ce qui est arrivé, ta marraine t’embrasse et essaie de calmer tes pleurs qui redoublent. L’infirmière qui assiste le medecin t’enlève délicatement ta chaussure et coupe ta socquette au ciseau.

-Mon dieu, cette petite a le pied bien abîmé, qu’en pensez-vous, docteur, la plaie n’est pas belle !

Le docteur t’explique qu’il va te faire une petite piqûre qui va te calmer, et qu’après, tu ne sentiras plus rien.

-Ne t’inquiètes pas, c’est pour endormir ton pied, ça va juste piquer un peu.

Tu pleures quand l’aiguille touche ton pied mais Gabriella te sourit en te caressant la joue. Au bout de quelques minutes, tu as encore mal, mais comme tu as toujours été très douillette et sensible, la douleur est autant physique que morale. Le docteur est gentil et te dit que tu auras un bonbon dès que les soins seront terminés. L’infirmière sort un flacon dont l’odeur est forte ; elle te dit que c’est de l’éther et que ton pied, elle va pouvoir ensuite le nettoyer doucement avec un produit qui enlèvera les petits graviers qui sont entrés dans tes chairs. Tu n’es pas brave et tu pleures en reniflant, serrant les dents pendant qu’elle te passe des compresses sur la blessure. Après avoir bien désinfecté la plaie , tu vois le docteur et l’infirmière, l’air anxieux, se tourner vers toi et te dire :

-Ma petite, tu vas devoir être bien courageuse car il va falloir recoudre, tu auras un plus joli pied après.

Tu fais non de la tête en te retournant vers Gabriella, l’air désespéré, mais elle t’encourage à ne pas bouger tout en prenant tes menottes dans ses mains rassurantes. Après une bonne demi-heure, tu as huit points de suture et un gros bandage qui t’enveloppe tout le pied. En prime, tu as deux bonbons que tu dégustes comme une juste récompense.

Après avoir remercié ces gens accueillants en plus d’être compétents, elle te porte dans ses bras jusqu’à la voiture et te dis :

-Tu vas voir, ma Véronique, en rentrant à la maison, je vais te faire une bonne glace à la banane, celle que tu aimes particulièrement.

Puis, avant de démarrer, elle te chante :

-poussez, poussez, l’escarpolette ....

Tu apprendras, plus tard que cette chanson est tirée d’une comédie musicale dont la vedette s’appelle véronique. Tes soeurs sont plus gentilles que d’ordinaire, elles t’embrassent et tu savoures ce moment rare.

Le retour à la maison est plus long, car ta marraine essaie de t’éviter les secousses de la route. A l’arrivée, elle te prend dans ses bras et installe ta petite personne confortablement, ta glace à la main.

-Tu vas mieux, ma chérie ?

Tu fais oui de la tête et lui dis :

-Je ne veux plus voir cette dame, hein, dis, Gabriella ? Cette dame-acier, comme tu te la nommes, elle n’est pas gentille ; elle est même méchante, elle m’a fait mal au pied et elle ne sourit jamais.

En guise de réponse, Gabriella t’embrasse et te câline un bon moment. Ton pouce dans la bouche, tu finis par t’endormir.

Quelques mois plus tard, tu seras arrachée aux bras protecteurs de ta marraine ........et par un tour de passe-passe qui t’échappe, tu devras vivre avec la dame et l’appeller maman.

VERONIQUE MENEGHINI 22 MAI 2020