09A- Anne P. Un événement tragique

‘’ EVENEMENT TRAGIQUE DANS MA VIE ‘’

L’année 1989 restera entachée par un drame douloureux, la perte de ton jeune frère âgé de 42 ans. Ta vie professionnelle se déroulait harmonieusement, les projets s’enchaînaient et se profilait ‘’un projet’’ que tu n’aurais jamais imaginé dans tes rêves : l’aménagement de 13 appartements dans une résidence hôtelière, et les promoteurs t’avaient choisie.

Des amis très chers et ta nombreuse famille accompagnaient ta vie personnelle. Un homme, ton amant Vinh d’origine vietnamienne, rencontré à St Cloud, dans un club, partageait certaines de tes soirées. Tu le retrouvais également le week-end, éprouvant une passion commune pour le tennis. Ce lieu incarnait notre maison de campagne. Ta vie se déroulait sereinement, entre un métier qui te passionnait et des amis chaleureux avec lesquels tu partageais des sorties animées !

Seule ombre préoccupante, ton jeune frère Henri, souffrant de dépression depuis son installation à Paris pour des raisons professionnelles. Tu t’efforçais de le soutenir et de l’entourer de ta tendresse et de ton amour. Tu pensais naïvement que ton optimisme et ton élan vital viendraient à bout de ses démons. Démunie, tu l’étais, pour affronter cette maladie sournoise, le protéger de l’anxiété et de l’angoisse qui le submergeaient par moment.

Bien sûr, tu connaissais les raisons professionnelles et familiales qui le déstabilisaient et le conduisirent à cette situation d’insécurité totale sur le plan psychique et émotif.

Cet état maladif amena son psychiatre à lui prescrire des antidépresseurs, qui le transformèrent parfois en zombie. Plus tard, arriva le jour où tu pris conscience de l’angoisse insurmontable qui l’enlisait et générait de la souffrance.

L’hospitalisation en clinique psychiatrique s’imposa. Tu l’accompagnas pendant son séjour, par ta présence fréquente et ton affection. Les semaines passèrent, tu constatas une amélioration très nette de son état. Tu éprouvais de l’admiration pour son comportement empathique à l’égard des malades qui l’entouraient. Il se montrait aux petits soins et toujours manifestait de l’enthousiasme pour les entraîner dans des activités diverses. Tu étais si heureuse de constater la résurgence de son tempérament gai.

Arriva le jour de sa sortie de la clinique. C’était le début du mois de juillet et des vacances estivales. Tu insistas afin qu’il acceptât une invitation de la famille. Il refusa et t’annonça qu’il souhaitait partir au Club Méditerranée à Tanger.

A cette époque, le portable n’existait pas. Aucune nouvelle pendant son séjour au Maroc. Tu avais simplement connaissance de la date de son retour, le 11 juillet à 16h, aéroport d’Orly. Ne pouvant te libérer, en raison de tes activités professionnelles, son beau-frère te proposa d’aller le chercher. Tu avais prévu avant son départ de dîner avec lui, dès le soir de son retour. Tu le joindras au téléphone impatiente d’avoir de ses nouvelles. Henri invoqua une fatigue due au voyage et t’assura qu’il préférait rester au calme dans son studio. Tu insistas, manifestant ta déception. Il t’annonça qu’il avait prévu de partir le lendemain pour Toulouse revoir ses enfants et mettre au point la procédure de divorce avec sa femme. Il te proposa de passer au magasin à Neuilly avant son départ. Tu l’informas que ta vendeuse étant absente, tu devais impérativement assurer une présence au magasin. Au moment où tu raccrochas, pouvais- tu imaginer que c’était la dernière fois que tu entendrais sa voix !

Le lendemain matin, les heures défilaient… tu ne cessais de composer le numéro de téléphone de son studio. La sonnette retentissait, le combiné restait muet ! Tu imaginais afin de te rassurer, qu’il avait probablement quitté Paris dès l’aurore !

A l’heure du déjeuner, suivant ton habitude, tu avais un rendez-vous à Suresnes, chez un client qui projetait de rénover son appartement.

Tu te revois, parvenue à destination chez ce client, tout à coup une pensée fulgurante te traversa l’esprit ! Les jambes flageolantes, tu te dirigeas vers le canapé. Ton client remarqua ton trouble et ta blancheur subite, s’inquiéta, supposant que tu avais un malaise. Tu t’excusas et prétextas une fatigue passagère. Prémonition déchirante qui s’imposa comme une évidence : ‘’Mon Dieu, il a dû se suicider’’.

Tu écourtas ton rendez-vous, étant dans l’incapacité de réfléchir ! Tu rejoignis le magasin, ta présence y étant indispensable. Une cliente devait passer prendre une commande importante de rideaux, stores, dessus-de-lit, pour une maison dans le midi dont tu avais assuré la décoration. Extérieurement, tu parvenais à conserver ton calme mais l’angoisse et l’anxiété te rongeaient. Première chose qui s’imposait : récupérer le double des clés auprès de ton amie qui louait ce studio à ton frère ! Également lui demander le numéro de téléphone du gardien de l’immeuble, afin de le questionner : peut-être avait-il aperçu ton frère ce matin ! Tes espoirs s’envolèrent : réponse négative de sa part.

Deux heures plus tard, ton amie t’informa qu’elle avait remis le double des clés au gardien de l’avenue Paul-Doumer. Ne désirant pas t’y rendre seule, tu demandas à ton ami Vinh de t’accompagner. Il vint te chercher. Dans sa voiture, comme à l’accoutumée, il se montra gai et exubérant. Tu avais du mal à maîtriser ton émotion et tu restas silencieuse, incapable de prononcer une parole ! Parvenue au 19 de l’avenue Paul-Doumer, ton cœur explosa d’angoisse en apercevant la voiture de ton frère garée de l’autre côté de l’avenue. Pendant la montée en ascenseur, tu luttais pour refréner tes tremblements et tes larmes. Tu confias les clés de la porte d’entrée à Vinh. Dès son ouverture, un fond musical résonna à tes oreilles, tu avanças lentement dans le studio… Il était là sur le sol, allongé sur le côté au pied du canapé… Les mots sont impuissants à décrire l’effroi et le désespoir en l’apercevant sans vie. T’agenouillant près de lui, tu caressas son visage et déposas un baiser sans fin, l’inondant de tes larmes. Tu aurais voulu le serrer dans tes bras et lui redonner vie. A un mètre de distance, un verre vide sur la moquette, gardant des traces blanchâtres, résidu de la mixture de comprimés écrasés mélangée à du whisky.

Accablée de douleur, tu cherchais à étouffer le hurlement de désespoir qui te submergeait comme une vague.

Anne P.