09A- Diana W - Mon corps

Mon Corps

Pourrait-on compter pour cicatrices embonpoint, le relâchement musculaire, la tonicité perdue de la peau qui même tendue artificiellement grâce au talent du Dr Faust local, ne resplendit plus du tout et au mieux fait effet encore à « mezzo giorno « !

Pourrait-on joindre à ce menu les rides de rire ou de pleurs, les griffures des soucis ou bien des fous rires qui accompagnent une vie bien remplie de festins, deuils, passions ( toute la gamme de passion, de la plus légère à la plus exigeante ), le pourrait-on ?

Cette gare de triage humaine résultat de tant d’ingrédients, d’épices et pointes de piments du plus fort au plus subtilement parfumé se manifeste ouvertement tout d’abord au regard, par le biais de ce passeport falsifié qu’est le visage, mon visage; le regard est direct, attentionné et sincère, il me semble que mon regard a échappé avec succès à tous mes efforts de dissimulation, maquillage et autres artifices, je n’ai jamais su dévier le rayon émanant d’entre mes paupières, et finalement je le considère comme mon seul et fidèle ami, dans ce qui n’est plus que le souvenir de ce qui fut mon corps.

Une cité sacrée redécouverte avec les yeux de la maturité, une relique protectrice que l’on aurait plaisir à retrouver pour ses dons protecteurs, pérennité assurée par la survie de ce que je fus et de ce que je suis devenue, mon propre grigri mon compagnon, mon ami, mon refuge.

Cette masse de chair douce et encore souple, douloureuse aux jointures, prête à me lâcher sur les marches de tout escalier rencontré, cette forme si différente de ce que je considère encore moi telle une image imprégnée dans ma rétine et que je ne chéri plus mais accepte comme le début d’une phrase remaniée, ré écrite, améliorée ? je l’ignore, si oui certainement pas esthétiquement, cette autre moi m’est très sympathique en fait, m’est indispensable, mémoire vivante, lien entre hier et aujourd’hui sans parler de demain où cela est certain une autre mutation viendra modifier ses contours.

Fidèle compagnon des jours difficiles s’endormant avec moi sans hésiter.

Ami des jours de fêtes, des jours étincelants de volupté, inventeur de plaisir, conteur d’histoires à dormir debout ou à dormir enlacés, mon corps après m’avoir servi de si près a gagné aujourd’hui le droit d’être enfin accepté, apprécié et aimé.

Sous les vêtements d’autres cicatrices, celles ci dues à la douleur physique, il n’y a pas de place dans ma vie pour la reminiscence de ces épreuves.

Mes cicatrices en développement, ce sont mes rides minuscules ou profondes, elles sont en devenir, elles se développeront certainement, m’étonneront et sans m’émerveiller, me séduiront car au travers de leurs froncements je me sentirai encore et toujours à même de renvoyer tendresse et amour, fureur et désespoir avec sincérité.

Se pourrait-il que je me sois laissée séduire par mon reflêt ?

Diana W