09B - Dominique B - Chemin faisant

Les chemins de ma vie m’emportent vers les peaux, toutes les peaux ; carte du tendre ou géographie des douleurs, peu importe, elles m’ont toutes créée, anoblie, charmée, envoûtée, éprouvée, imaginée, conduite, goûtée, torturée, habitée, navrée, chagrinée, consolée, émerveillée ; la peau si fine de ma grand-mère caressée des heures entières, parfumée de ce Shalimar parfois encore humé chez Marionnaud me déguisant en acheteuse hésitante, peau délicieuse d’amour inconditionnel partagé ; la paume rugueuse de mon grand-père de tant de terres bêchées ; les caresses impalpables de mon père sur mes cheveux pour convoquer un sommeil confiant et apaiser les chagrins d’enfant ; la robe noire de ma jument, satinée, lustrée, chaude sous la main acceptait mon énergie adolescente et mes câlins fougueux ; les peaux tendues par des muscles neufs de mes jeunes amoureux offertes à mes mains pour en découvrir les différences et les surprises ; la peau chaque soir retrouvée au creux d’un lit, promesse d’attachement et certitude d’absolu infini, d’incertaine cohésion d’un chemin à inventer ; les velours fleuris de lait des joues rebondies de mes enfants, leurs ventres chauds, soyeux à dévorer de chatouilles, leurs pieds dodus à grapiller au sortir du bain ; la fourrure tigrée de mon chat, ineffable présence chaleureuse ; peau translucide d’un scandinave, cuir tanné d’un marin salé, satin imberbe d’un danseur aux étoiles, épaules ensemencées de roux d’un voyageur aux blondeurs délavées de soleil, couenne forestière d’un biker, rondeurs affirmées et moelleuses d’un ours bienveillant ; peaux d’avant ; peau assoiffée des autres, brisée de rayons, suspendue à demain…