09B-Lucie B. et puis je suis repartie

Et puis je suis repartie

(titre inspiré de la chanson «pis chu r’parti» de Robert Charlebois: https://www.youtube.com/watch?v=qo8zKhd4Cf0)

21 mai 2020

J’ai dormi, et je dormirais encore, sous un pin majestueux avec mon premier amoureux, dans l’immensité naturelle de Sault-aux-Moutons, près du Fleuve Saint-Laurent; dans un champs, dans ma tente compacte, avec ma maman, lors d’un voyage en stop alors qu’elle avait 47 ans, moi 19; dans un lit tout en hauteur, juste sous le puits de lumière d’où je pouvais admirer le ciel étoilé à St-Jean de Terre-Neuve; en plein orage, sous la tente, au chaud, collée contre mon chéri, lors d’une sortie de canot-camping dans la nature profonde du Parc Algonquin en Ontario; dans une cabane en bois du parc provincial Papineau-Labelle au nord d’Ottawa, à -27eC, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur quand j’y suis arrivée en ski de fond avec mes amis; sur le nouveau quai de mon frère avec mon amoureux de l’époque, une douce nuit d’été québécois terminée par un saut matinal dans l’eau claire du petit lac tranquille; vers la fin des années ’70, sur le pont du bateau cargo - passagers qui faisait, une fois par semaine, la navette entre Sept-Îles et Blanc-Sablon pour ravitailler les villages tout au long de la Basse Côte Nord, seul lien avec le reste du Québec, si ce n'est, parfois, l’avion ou l’hélicoptère venant pour des urgences sanitaires ou amenant le prêtre pour sa messe du dimanche; les fenêtres fermées à 44eC à Adzopé, Côte d’Ivoire, avec le bruit du ventilateur fonctionnant au gré des pannes de courant, dans la douce présence de l’homme qui allait devenir mon mari, l’homme de ma vie ; petite, dans un train du Canadien National qui nous amenait, mon père, mes trois sœurs et moi, de Montréal à L’Anse-à-Beaufils en Gaspésie, là où, pour la première fois, j’ai senti l’eau salée sur mes lèvres.

Lucie Brien