10 - Les objets

Lundi 25 mai 2020

Les objets

Qu’est-ce qu’un objet ? Une chose concrète et perceptible par la vue ou le toucher. Chose solide fabriquée considérée comme un tout. Inanimée par définition, par destination et pourtant…

Décrire des objets c’est les rendre présents à l’imaginaire d’un lecteur, les récréer, changer leur destination ou leur histoire. Bref, rien de mieux pour parler de nous que les objets qui nous entourent ou que nous utilisons.

Pour les décrire vous allez vous servir de cette langue concrète des sensations en ne perdant pas de vue ce que vos yeux perçoivent, ce que votre peau sent, ce que vos oreilles entendent, ce que votre langue goûte et l’odeur bien sûr, le parfum des choses… Une description doit être précise et utile, jamais gratuite (en évitant de tomber dans l’ennuyeux inventaire des lieux comme Balzac parfois…)

Pour commencer, un texte de Francis Ponge, un exercice de style, un « entraînement » en quelque sorte. Francis Ponge est un écrivain, poète français, né à Montpellier le 27 mars 1899 et mort au Bar-sur-Loup, Alpes-Maritimes, le 6 août 1988. Il fréquente le groupe surréaliste, sans adhérer pleinement à ce mouvement. Le Parti Pris des Choses est son recueil le plus connu, il a été publié la première fois en 1942, il est disponible chez Poésie/Gallimard. « Le Cageot A mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie. Agencé de façon qu'au terme de son usage il puisse être brisé sans effort, il ne sert pas deux fois. Ainsi dure-t-il moins encore que les denrées fondantes ou nuageuses qu'il enferme.

A tous les coins de rues qui aboutissent aux halles, il luit alors de l'éclat sans vanité du bois blanc. Tout neuf encore, et légèrement ahuri d'être dans une pose maladroite à la voirie jeté sans retour, cet objet est en somme des plus sympathiques - sur le sort duquel il convient toutefois de ne s'appesantir longuement. » F.P.

Proposition A :

A la manière de Francis Ponge, décrivez un objet : une boite, un stylo, une armoire, une caisse à outils, une bibliothèque, un nécessaire à couture, une casserole, un inhalateur, un tiroir etc… (ce que vous voulez mais pas de tableau ni de photos) Racontez la matière, la couleur, l’odeur, l’usure, l’usage, l’histoire, la vie de l’objet. La contrainte : minimum 600 mots enfin, ce qu’il faut pour que l’objet vive devant nos yeux

Une autre histoire d’objet : Une valise

Pour en parler, Orhan Pamuk, né le 7 juin 1952 à Istanbul en Turquie. C’est un écrivain de langue turque. Prix Nobel de Littérature en 2006 (Auteur notamment de « Mon nom est Rouge » Voici un extrait de sa conférence pour la réception de son prix où il est question de valise justement. « Deux ans avant sa mort, mon père m’a remis une petite valise remplie de ses propres écrits, ses manuscrits et ses cahiers. En prenant son habituel air sarcastique, il m’a dit qu’il voulait que je les lise après lui, c’est-à-dire après sa mort. « Jette un coup d’œil », a-t-il dit, un peu gêné, « peut-être y a-t-il quelque chose de publiable. Tu pourras choisir ». On était dans mon bureau, entourés de livres. Mon père s’est promené dans le bureau en regardant autour de lui, comme quelqu’un qui cherche à se débarrasser d’une valise lourde et encombrante, sans savoir où la poser. Finalement, il l’a posée discrètement, sans bruit, dans un coin. Une fois passé ce moment un peu honteux mais inoubliable, nous avons repris la légèreté tranquille de nos rôles habituels, nos personnalités sarcastiques et désinvoltes. Comme d’habitude, nous avons parlé de choses sans importance, de la vie, des inépuisables sujets politiques de la Turquie, de tous ses projets inaboutis, d’affaires sans conséquences.

Je me souviens d’avoir tourné autour de cette valise pendant quelques jours après son départ, sans la toucher. Je connaissais depuis mon enfance cette petite valise de marocain noir, sa serrure, ses renforts cabossés. Mon père s’en servait pour ses voyages de courte durée, et parfois aussi pour transporter des documents de chez lui à son travail. Je me rappelais avoir, enfant, ouvert cette valise et fouillé dans ses affaires, d’où montait une odeur délicieuse d’eau de Cologne et de pays étrangers. Cette valise représentait pour moi beaucoup de choses familières ou fascinantes, de mon passé, et de mes souvenirs d’enfance ; pourtant, je ne parvenais pas à la toucher. Pourquoi ? Sans doute à cause du poids énorme et mystérieux qu’elle semblait renfermer. »

Proposition B (Imaginaire) Vous conduisez sur une route depuis plusieurs heures et vous sentez le sommeil vous gagner quand soudain, vous apercevez sur le bas-côté un auto-stoppeur (ou une auto-stoppeuse) avec une valise et un sac à dos. Ce n’est pas dans vos habitudes mais il ou elle a une bonne tête et vous décidez de vous arrêter. Durant le voyage, votre passager ou passagère est aimable mais peu loquace. Après une heure et sans raison apparente, il ou elle vous demande de la ou le déposer à la ville la plus proche pour prendre un autre moyen de transport vers sa destination finale.

Après l’avoir déposé sans poser de question, vous poursuivez votre route. Ce n’est qu’une fois arrivé à destination que vous réalisez que vous avez oublié de lui remettre sa valise restée dans le coffre. Vous ne connaissez que son prénom et le lieu où il ou elle comptait se rendre mais vous n’avez aucune adresse. Sur la valise, ni étiquette ni aucune marque du propriétaire. Après quelques hésitations, vous décidez de l’ouvrir dans l’espoir de trouver une trace de son propriétaire ou une réponse à vos questions.

Après nous avoir brièvement raconté votre voyage et cette rencontre, décrivez-nous en détail la valise, son contenu. C’est cet objet valise qui nous intéresse, cette découverte, cette mise à nu. A vous de choisir la personnalité de votre auto-stoppeur. Brossez son portrait à travers les objets, vêtements ou autre que contient cette valise, imaginez sa vie et la suite de l’histoire si vous le souhaitez… Contrainte : pas plus de 1500 mots.

Merci de m’adresser vos textes avant vendredi 29 mai.

A bientôt

Sybille