10A - Diana W - Une minaudière des années 30

Une minaudière des années 30

Laque noire soignée et brillante dans laquelle se sont reflétées des lumières de bougies et de lustres scintillants, bordures et côtés plaqués or conférant à l’objet une préciosité obsolète dans un monde moderne et par définition pratique, un Chiffre doré et ornementé de petits motifs géométriques Art Déco, une fermeture elle aussi stylisée qui claque avec détermination à l’image certainement de la femme libérée et encore un peu garçonne pour qui cet objet de beauté fut conçu.

Vint centimètres sur quinze pesant son « pesant d’or « on ne plaisantait pas sur la qualité ni sur l’esthétique dans les années à robes longues moulantes sexy et moirées. Les doigts allongés par des ongles laqués eux aussi mais de carmin caressant l’objet et tapotant parfois une cigarette à bout doré sur son couvercle avant de l’allumer d’une flamme jaillie du mini briquet d’or contenu dans la Chose.

Partenaire de soirée dansante au son des orchestres de Artie Shaw ou Glenn Miller, en l’ouvrant le sentiment qu’elle va se mettre à fredonner Moonlight Serenade vous étreint nostalgiquement le coeur et la découverte de l’intérieur doré et miroitant reflétant notre image dans ce miroir doublant le couvercle nous transporte dans un Salon de thé dansant alors que sa propriétaire vient de s’asseoir et vérifie si les crans de sa coupe dernière mode sont encore en place.

Le caisson destiné aux fameuses cigarettes à bout doré à gauche, la fente du petit peigne en écaille séparant l’aile droite de cet ensemble où trois petits casiers à couvercle délicatement guillochés contenant l’un, un tube astucieux de rouge à lèvres, à lui seul une merveille d’intelligence et deux espaces protégés, probablement pour la poudre et pour la houpette la créativité de Maison Dupont était à son apogée.

Dans ce qui fut le nid du mini briquet un vide hélas, il n’a pas su traverser le temps comme le reste mais comme fumer n’a plus de sens de nos jours et que mes petits cohiba sont trop longs pas de regrets.

Le miroir a du suivre les humeurs et attentes de la belle - car elle doit par définition avoir été belle - propriétaire guettant son galant, amant, amoureux ou mari. Il ne reflète aujourd’hui que mon visage aux lèvres moins carminées mais glossées et doit lui donner la nostalgie de la Beauté des Années Art Déco ayant mis les voiles devant la déferlante de la Botte Nazi et du retour trop brusque à la réalité.

Brisant les miroirs aux alouettes, rayant les laques arrogantes et esthétiques, déchirant les moires des robes à virevolter et explosant les rêves et la jeunesse qui s’y reflétaient.

C’est ainsi qu’à la devanture d’une brocante de Ville d’Avray ensoleillé ce jour là, mon amie Poupy et moi même avons découvert ce bel objet avec lequel j’ai instantanément communié, le reconnaissant presque, j’en suis même arrivée à imaginer que le Chiffre du couvercle N n’était que l’anagramme de mon nom Nadia au lieu de Diana ! Ah les Années Trente charnière magique entre un monde et le suivant n’en ont pas fini de nous faire tanguer.

Diana W.