10A - Pascale G - La bague maudite

La bague maudite

Un objet appartenant à une personne a forcément une histoire. Je vais vous la raconter avec un certain plaisir non dissimulé.

Dans les années 1970, ma belle-mère avait donné à chacune de ses belles-filles un diamant très pur blanc-bleu monté en bague et j’en étais une des bénéficiaires. Je portais ce bijou avec respect et gratitude.

20 ans plus tard, lorsque j’ai divorcé, mon mari m’a expressément demandé de la lui rendre ainsi qu’un bracelet offert par ma belle-mère. Je lui ai remis les deux sans aucun état d’âme tout en constatant son manque de délicatesse évident bien que je n’en sois pas réellement étonnée !

En 1995, lorsque mon fils aîné Olivier s’est fiancé avec Céline, étant restée en bon terme avec mon ex-mari, je lui ai suggéré de donner cette bague à mon fils pour qu’il l’offre à l’heureuse élue. Il a accepté, mais ce que je ne savais pas, en fait, est qu’il avait informé mon fils qu’il destinait en réalité cette bague à la première de ses petites filles. Olivier n’en a évidemment pas tenu compte, considérant que sa fiancée pouvait en profiter avant la petite fille pas encore conçue, ce que personnellement je trouve tout à fait logique ! Ma future belle-fille était évidemment ravie de porter ce diamant de famille taillé en ovale et scintillant de tous ses feux.

18 ans plus tard, lorsqu’ Olivier a divorcé, la première petite fille, Morgane, issue de ce mariage, à laquelle cette bague était destinée au départ, du haut de ses 16 ans, a signifié ouvertement à son père qu’elle ne porterait jamais cette bague qu’elle considérait comme « bague maudite » n’ayant pas spécialement réussi à sa mère. Mon ex-mari exigea alors que cette bague lui soit rendue. Ce qui fut fait.

Quelques années plus tard, dans un élan surprenant de scrupule réparateur, mon ex-mari décida de me restituer « la bague maudite » et je l’ai acceptée. Juste retour des choses, elle est donc revenue à sa première destinataire qu’elle n’aurait jamais dû quittée. A plus de 60 ans, j’ai trouvé qu’un solitaire n’était pas indispensable à ma collection de bijoux et je l’ai fait transformer en chevalière que je porte avec satisfaction en souvenir de mon ex- belle-mère. Je n’ai pas manqué de faire régler les frais de la monture par mon auguste ex-mari. Je le « valais bien » !

Pascale G.