11A-Françoise L - Le charmant royaume

Le charmant royaume

Il était une fois dans un lointain royaume un beau château. Sa silhouette se distingue au loin par ses élégantes tourelles, une rivière coule à ses pieds, des cygnes y glissent majestueusement. Certes, il est un peu vieillot mais non dépourvu de charme. Blanche-Neige et son mari le Prince charmant y vivent depuis des décennies. Dans ce palais aux mille et une pièces, ils sont seuls, usés et passablement aigris. Blanche-Neige a perdu sa belle peau fraîche, elle ne chante plus, son prince n’est plus du tout charmant : il ronfle bruyamment et rote à table. Cela fait longtemps qu’ils font chambre à part. L’un s’est retiré dans sa tour d’ivoire et l’autre ne regarde que son miroir qui reste terne et muet, n’osant plus lui répondre : « Non tu n’es pas la plus belle ». Evidemment leurs nombreux enfants ont quitté le château, ils reviennent juste une fois l’an à Noël. Les châtelains ont dû donner leur congé aux domestiques, de nos jours il est bien difficile de vivre de ses rentes sans compter l’entretien d’une telle demeure, seul reste le fidèle majordome. Tout ceci est bien délabré.

Un matin par hasard ils se sont heurtés même bousculés voulant tous les deux pénétrer en même temps dans l’office :

« -Ôtes toi de mon chemin, tu vois bien que tu me gênes grogne le Prince Charmant.

- Vous gêner, comment cela ! Qu’est ce qui vous permet de me tutoyer ! Toujours en robe de chambre, à traîner des charentaises ! Un peu de tenue mon cher.

- Un peu de tenue, mais pour qui te prends-tu ? Une reine décatie, à moitié sourde qui passe ses journées à nettoyer son miroir et à rêver à ses sept nains.

- Vous êtes bien mal avisé mon cher ! Avec vos belles au bois dormant, Cendrillon, Raiponce et tutti quanti… Cela fait trop longtemps que je ferme les yeux sur vos petits manèges. Elles ont au moins cent ans, vos maîtresses, elles ont toutes perdu la boule!

-Elles au moins, m’aiment comme je suis. Toi, tu ne m’as jamais aimé, tout ce qui t’intéressait c’était mon titre et mon château. Maintenant que cela ne vaut plus rien, tu ne jures que par ton fieffé miroir, au temps où les sept nains te faisaient les yeux doux. Mais les nains, il y a belle lurette qu’ils sont partis avec des jeunesses plus dégourdies !

- Vous êtes mesquin mon cher ! et petit ! Je vous tourne le dos. C’est fini ! Dorénavant je ne vous adresse plus la parole. Allez-vous faire voir ! » Réplique-t-elle dans un claquement de porte.

Il y a maintenant plusieurs siècles que Blanche-Neige et Prince Charmant ne pouvant décemment envisager le divorce, s’envoient de façon virale, des mots aigres-doux par pigeons voyageurs.

Françoise L. (pour mettre un visage sur un nom)

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