11A - Lucie B -Du forfait cellulaire aux cimetières

C’est dans leur soixantaine que Roxane et Thomas se sont rencontrés via un site en-ligne. L’un et l’autre avaient du vécu de couple plus ou moins réussi. Leur relation amoureuse ne date que de quelques mois. Roxane n’a pas voulu déménager chez Thomas, préférant la tranquillité et la liberté de son appartement douillet à quelques kilomètres de chez lui. Thomas, plutôt du genre fusionnel, voudrait bien que Roxane aménage avec lui.

Sur le pas de la porte de la grandiose demeure de Thomas, c’est un au revoir sur le même ton que celui de leurs conversations des derniers jours qu’ils viennent de passer ensemble.

« - Mais tu ne comprends vraiment rien à tout ce qui est technologique. Ton forfait téléphonique avec Bouygues est complètement nul. Tu paies trop cher et tu n’utilises pas le tiers des données Internet auxquelles tu as droit.

- Et toi, ton compte Orange, tu le connais en détails, je suppose ! Et bien, moi, j’ai autre chose à faire dans la vie que de perdre mon temps à négocier des contrats de services qui me feraient épargner 7 euros par mois !

- Autre chose à faire … comme aller visiter de vieux cimetières oubliés dans des villages perdus avec le ténébreux Antoine. Et ne rentrer que tard dans la soirée. Je le vois, votre petit jeu, vos coups d’œil furtifs.

- Allons, allons, Thomas, calme-toi. C’est sûr qu’Antoine a plus d’intérêts qui rejoignent les miens, des conversations qui m’intéressent davantage. Je regrette que toi et moi en soyons rendus à parler de forfaits cellulaires pour camoufler notre mal-être. J’ai eu tort de penser que ton confort matériel serait un réconfort, et que petit à petit tu comprendrais et accepterais mes fantaisies.

- Mais, qu’est-ce que tu attends pour aller le retrouver, ton Antoine ?

- Je vais justement le rejoindre dans 20 minutes pour aller visiter le cimetière de Vaine-Rivière. Et ne revenir que dans deux jours.

- Comment ça, revenir dans deux jours ?

- Nous avons décidé de visiter quelques autres attraits de la région, et puis un petit cimetière familial avec seulement une quinzaine de tombes. Madeleine et Charles nous accompagnent.

- Je m’en fous, moi, de tes tombes ! Tu m’énerves avec ça. Je ne serai tranquille que lorsque ton Antoine y sera, lui, dans une tombe.

- Bon, si c’est ainsi que tu vois les choses, si mes amitiés te font peur, c’est que notre relation n’est pas très solide. Tu penseras à ça pendant mon absence. Moi, notre échange vient de clore ma réflexion. C’est tout vu.

Lucie B.