11A - Véronique M Oh my darling !

Ils s’étaient rencontrés au mariage d’Elsa et Nick. Elsa était française et juive, Nick était écossais et catholique ; bref, tous les ingrédients étaient réunis pour que le mariage soit des plus simples !! Ayant coupé plusieurs poires en deux , pas de mariage religieux, fête organisée à Paris , les youyous et les danses yiddish cohabitaient avec les danses folkloriques et les kilts écossais! Pendant que les invités d’Elsa s’enivraient au champagne, ceux de Nick buvaient des canettes de bière à la bouteille.

C’était plutôt rigolo et c’est ainsi que Caroline se retrouva serrée contre John, légèrement pompette qui lui murmura très vite à l’oreille : my sweety, my darling…..

La soirée avançant, Caro perdait un peu le contrôle et se laissait aller sur l’épaule de John qui se serrait de plus en plus contre elle. Elle se dit que c’était trop bon et partit avec lui avant la fin de la fête. John, avec famille et amis avaient réservé une partie de l’hôtel situé près de là. Elle se laissa déshabiller lascivement, et légèrement dessaoulée, se retrouva sur un king size ; leurs corps ne tardèrent pas à s’unir et il l’embrassa amoureusement, lui disant des mots doux qu’elle ne comprenait pas mais dont l’intonation ne laissait aucun doute. Ils firent l’amour longuement et épuisés par les événements, finirent par s’endormir.

Le lendemain, au lunch , ils apparurent radieux et ne se quittèrent plus. Les adieux furent déchirants, ils se promirent de se revoir très vite et depuis cet instant, Caro attendait fébrilement les réponses à ses whatsapp qui se succédaient et rythmaient désormais sa vie. Il vint plusieurs fois à Paris, elle alla plusieurs fois en Ecosse.

Ils décidèrent que cette situation instable ne pouvait plus durer.

Après avoir recherché qui irait habiter chez l’autre, ils s’installèrent à Londres où Caro se sentit plus heureuse que jamais. La seule chose qu’elle exigea, ce fut qu’ils ne se parlent qu’en français. Bien sûr, John n’était pas parfait, loin s’en faut, mais elle se connaissait suffisamment pour savoir qu’elle aussi avait ses « casseroles »

Elle travaillait dans le stylisme, elle trouva rapidement un job grâce à ses relations parisiennes qui lui permit d’évoluer et même de commencer à se faire un nom. Tout cela avait une contrepartie, elle rentrait tard et bien souvent, John arrivait après.

Il sentait un mélange de tabac froid, de parfum de femme et d’alcool, mélangé au shit. Sa famille, so « scottish », avaient un château dans les highlands, et partageaient leur temps, l’été en Ecosse, l’hiver dans un grand appartement londonien à Notting Hill, l’un des quartiers chics de Londres. John était fils unique et ne fit aucun effort pour réussir dans un domaine ou un autre. Papa-Maman pourvoyaient à sa vie de rentier avec 4500 livres sterling par mois, appartement en sus. Dans ces conditions, il ne se demandait même pas si un travail lui procurerait une satisfaction.

Au début, Caro était flattée d’être reçue avec John chez les gens qu’il fallait connaître à tout prix. Au bout de deux ans, la situation lui échappait complètement ; ils avaient une vie parallèle, et ne faisaient plus l’amour, à part en de rares occasions ; Caro prit un amant, puis un autre et finit par se déprimer de cette vie sans saveur.

Elle se sentait amère et cherchait à en découdre avec John. Un soir, vers 23h, heure à laquelle elle avait l’habitude de rentrer, elle se servit un whisky et l’attendit. Elle était de plus en plus hors d’elle à mesure que le temps passait. Vers 4h du matin, elle entendit la clef tourner doucement dans la serrure et le vit chemise à moitié rentrée dans le pantalon, chaussures à la main ; il la vit et s’arrêta net :

« D’où sors-tu, à cette heure indue ?

-Caroline, j’étais un peu fatigué et je me suis arrêté chez un ami chez lequel je me suis assoupi.

-Tu me prends pour une idiote, tu as encore sur la joue une trace de rouge à lèvres ;

encore une de tes pétasses, je ne sais même pas laquelle tellement tu les collectionnes !

-Dis-donc, Caroline, ce n’est pas à toi de me faire la leçon, la dernière fois, pendant que tu prenais ton bain, j’ai lu des sms qui ne me semblait pas venir de l’abbaye de westminster !

-Quoi, tu fouilles dans mon téléphone, maintenant, et de quel droit ?

-Du droit de répondre à tes reproches concernant mes fréquentations.

-Jamais je n’ai fouillé dans tes affaires personnelles, d’ailleurs, ça n’est pas nécessaire, je lis sur toi comme un livre ouvert.

-Madame le prend de haut, et bien, puisque c’est ainsi, j’arrête là cette discussion idiote, demain il fera jour.

-Tu ne vas pas t’en tirer comme cela, reste ici ou tu te prends ce verre dans la figure.

-Madame fait bien la fière, je te couvre de bijoux, de robes griffées Givenchy ou Saint Laurent, je t’inonde de fleurs, qu’est-ce que tu veux de plus ?

-Et bien, il serait temps que tu te demandes déjà ce que je veux, le « de plus » est de trop.

- Moi aussi, j’en ai marre, Caroline, que tu te tournes sur le côté quand je m’approche de toi le soir, que tu sois toujours occupée par un travail de midinette alors que nous pourrions profiter de la vie, partir en croisière, que sais-je encore ?

-Et tu ne t’es jamais demandé pourquoi je n’avais plus envie de toi ?

-Et bien, je te le demande.

-Tu es un minable, John, tu vis comme un riche avec les subsides de tes parents, que ferais-tu sans leur argent, hein, dis-moi ?

-Je t’interdis d’attaquer ma famille, tu étais bien contente de la trouver pour cet appartement de 140 mètres carrés.

-Tu te trompes, John, ce n’est pas de ta famille dont il est question, c’est de toi, de qui tu es sans l’argent de tes parents ?

-Madame fait la fine bouche , rappelle-toi que ton milieu plus que modeste faisait déjà un peu tâche au mariage d’Elsa et Nick.

-Tu ne mérites pas que je réponde à des insultes sur ma famille ; oui, mes parents sont d’origine modeste, mais ils ont toujours travaillé dur et m’ont permis d’entrer dans cette école de style ; leur argent, ils l’ont gagné, ce ne sont pas des nantis.

-Finalement, j’aurais dû me mettre avec une fille de mon niveau.

-Qu’entends-tu par niveau ?

-Le niveau social, ma petite chérie, je n’aurai pas été dans une mésalliance, quoique nous ne soyons pas mariés.

-Et bien, parlons en de ton niveau, ce n’est pas un niveau, c’est un vernis qui te permet d’évoluer dans un milieu où l’argent est roi.

-Et de quel autre niveau veux-tu qu’on parle ?

-Et bien, de la culture par exemple, de la musique, des livres que tu lis, enfin, que sais-je, de ce qui fait qu’une vie ait de la saveur !

-Ah, bien, déjà, je sais parler, la preuve en est, tu es tombée amoureuse dès que nos corps se sont frôlés et que je t’ai dit des phrases qui t’ont envoûtées.

-Et bien l’envoûtement n’a pas résisté au temps, je me suis ennuyée très vite avec toi.

-Tu es bien injuste, ma petite chérie, ma conversation qui te parlait d’amour, tu la recherchais ou je me trompe ?

-Je vois bien le malentendu sur lequel nous sommes, je te parle de profondeur et tu me réponds conversation. Depuis le départ, j’aurais dû me douter que notre histoire ne résisterait pas au temps.

-Parlons-en du temps, quel temps m’accordes-tu dans tes journées emplies de créations, de réunions, de dîners professionnels, quelle place pouvais-je prendre dans ta vie ?

-Ma vie ne s’arrête pas à mon travail, si tu avais été un peu plus présent, au lieu de me tromper sans dissimulation ni culpabilité, je t’en aurai donné du temps, encore eut-il fallu avoir des envies communes !

-Mais où commence-t-elle, ta vie ? A tes créations, au jour où tu es née ? A ton premier amant ? A ta vie sans moi ? Avec moi ? Franchement, Caro, je n’y comprends plus rien ; Il a toujours été inscrit ente nous que chacun pourrait être libre de faire ce que bon lui semble, tu ne t’en souviens plus ?

-Tu as raison, John, je ne vois pas pourquoi je m’en prends à toi ; je suis responsable d’un choix que je pensais nouveau, donc intéressant puisque je n’avais jamais vécu une telle liberté. Tu as raison, j’ai assenti à ton désir, car c’était plus ta façon de voir, on est d’accord . Et je me suis fourvoyée dans un style de vie qui ne me plaît pas ; oui, j’ai oublié d’analyser ce que je voulais vraiment. Comme tu me plaisais physiquement, j’ai pensé naïvement que nous trouverions un chemin de traverse qui ne soit pas celui de l’ordre établi.

-Mais il n’est pas trop tard , my darling, pour trouver un rythme qui te corresponde mieux . Je suis fou de toi, de ton allure, de ton intelligence, tiens, même de ton métier ; on me dit souvent, ah, vous êtes le mari de Caroline, cette femme exceptionnelle, quelle chance vous avez !

-Et bien voilà justement ce que je ne veux pas être, ton faire-valoir !

Mais qu’est-ce que tu veux, bon Dieu, dis-moi, à la fin, si tu veux, je te décroche la lune, je me mets à genoux, je te baise les pieds.

-Et bien là, tu vois, j’ai bien compris ce que je représente pour toi et ça, ça n’est pas moi !

-Mais qui es-tu à la fin, j’ai l’impression que tu ergotes sur les mots pour te donner du grain à moudre, mais qu’au fond, tu ne sais pas ce que tu veux !

-Tu as touché juste, mon petit John, je ne sais pas ce que je veux, mais en tout cas, je sais ce que je ne veux plus ! »

Le lendemain, sa petite valise faite, Caroline repris le chemin de la France.

VERONIQUE MENEGHINI JUIN 2020