11B - Véronique M - Lettre de rupture

Quand tu liras cette lettre, je serai loin. J’ai quitté Gagnac, ce petit village que j’aimais tant et que nous avions choisi ensemble. Tu avais trouvé un travail comme ingénieur à Rodez, dans une entreprise florissante, et comme tu gagnais bien ta vie, tu m’avais dit de me reposer pendant quelques mois, le temps de me refaire une santé. Tu m’avais connu peu de temps après que le suicide de ma mère, harcelée depuis des années par un homme qui n’était pas mon père mais qui m’a élevé. J’étais en miettes, assommée par les médicaments que me donnait le psychiatre.

J’ai mis du temps, beaucoup de temps à me remettre car j’adorais ma mère et je serrais les dents chaque fois que ce beau-père la rabaissait plus bas que terre. Lorsqu’il partait au travail, elle pleurait dans mes bras et je n’ai jamais su la consoler. A chaque fois fois, je lui disais de partir avec moi, nous trouverions bien une façon de nous en sortir. Elle avait cette résignation des victimes qui se croient coupables de ce qu’elles endurent !

Le jour où je l’ai trouvé étendu sur son lit, en surdose de somnifères, j’ai cru en appelant le 15 qu’avec un bon lavage d’estomac, elle reviendrait à la vie. Mais il était trop tard, j’étais rentrée vers 19h, juste avant mon beau-père, et la dose létale avait fait son œuvre. Je m’enfuis de cette maison juste après l’enterrement, pour monter à Paris chercher du travail. J’ai squatté chez une amie jusqu’à ce que je trouve un poste de secrétaire.

C’est là que je t’ai rencontré. Je n’étais pas en forme et j’exécutais mes tâches comme un automate. Je ne comprenais pas pourquoi tu t’intéressais à moi, mais il faut reconnaître que, grâce à toi, j’ai repris goût à la vie. Peu de temps après, nous avons vécu ensemble dans ton petit appartement de la rue Turenne et tes attentions multiples me firent croire que tu étais amoureux de moi. Folle que j’étais, tu tissais déjà ta toile et, comme une gourde, je ne m’apercevais de rien.

Un an plus tard, tu m’as dit que nous étouffions à Paris et que tu aimerais vivre plus près de la nature. J’étais aux anges car la nature, les fleurs, les animaux m’ont consolé d’une enfance douloureuse.

Lorsque tu as trouvé ce travail à Rodez, j’étais heureuse de ce changement de vie ; c’est là que j’en arrive à Gagnac, petit bled de l’Aveyron.Comme tu ne tenais pas à ce que je travaille, j’ai profité de cette nature aride et généreuse à la fois, je me suis fait un petit réseau d’amies et la vie s’écoulait sereinement, enfin au début ! Comme nous n’avions qu’une seule voiture et que tu renâclais à acheter cette petite 2 CV pas chère du tout, j’ai pensé que d’ici quelques temps, je pourrais te faire changer d’avis.

Du jour où nous nous sommes retrouvés isolés dans ce petit village, j’ai senti que ton attitude changeait. Quand tu rentrais du travail, tu trouvais toujours un prétexte pour gentiment me réprimander. Quelques mois plus tard, tu devins de plus en plus tyrannique. Tu exigeais de moi des choses sexuelles irracontables, tu me prenais alors que je n’en avais pas envie et mes nuits devinrent un cauchemar. Tu me réveillais sur un prétexte futile et m’entraînais à la cuisine pour expérimenter des positions qui me faisaient honte. Bientôt, tu me trouvas tous les défauts, j’étais grosse, je ne savais pas m’habiller, je ne tenais pas la maison correctement. Tout cela m’affectait profondément, je te croyais car mon jugement s’était altéré depuis la mort de ma mère La servitude volontaire me prenait toute entière et je n’avais plus aucune pensée, aucune révolte pour contredire tes propos. J’étais sous emprise et ne le sentais pas. Tu détestais mes amies et t’arrangeais pour faire le vide autour de moi. Mes journées, je les passais à ranger tout ce que tu laissais traîner, comme si j’étais ta femme de ménage. Un amie, qui ne t’appréciait pas m’a téléphoné un jour pour m’apprendre qu’elle t’avait aperçu entrer dans un hôtel, une fille à ton bras. Ce n’est pas cela qui m’a mise en colère, bien au contraire, cela me soulageait, n’ayant plus à satisfaire contre mon gré tes exigences sexuelles. Non, mais cela a été un déclic….je me demande pourquoi je ne l’ai pas eu avant.

Simon, tu es un être malade, sadique, pervers et tu as profité de moi pendant plus d’un an ; conne que je suis, je pensais que tu avais été bien malheureux pour te conduire de cette façon éhontée.

En fait, je vais aller plus loin et te dire que des gens comme toi ne méritent aucun crédit car tu es nuisible. Nuisible pour toi-même, mais ça, c’est ton problème, mais maléfique pour moi qui n’ai pas su comprendre assez vite de quoi tu étais capable.

Je me rends compte avec horreur que j’étais sur la même pente que ma pauvre mère et que tu aurais pu avoir ma peau ! Il n’y a pas de destin, c’est au moins cela que m’apprends mon histoire car je reprends la main et te quitte. Avoir compris ton processus m’a sauté aux yeux quand j’ai vu les médicaments et que j’ai hésité à avaler la boîte. On a toujours le choix d’être un bourreau ou une victime, c’est l’envers et l’endroit de la domination et de la soumission ; alors, je ne t’en veux qu’à moitié, puisque j’ai accepté l’inacceptable trop longtemps et que ma part dans cette histoire, il me faut bien l’assumer. J’ai participé à mon propre malheur, il est maintenant plus que temps de reprendre ma vie en main.

Ne me cherche pas à Paris, pas même en France, je vais m’envoler dans un pays où il fait bon vivre puisque j’ai trouvé un job dans le tourisme. En passant par la gendarmerie, j’ai déposé une main courante où j’explique par le menu ta personnalité et tout ce que tu m’as fais subir ; je pense à celles qui viendront après moi et j’ose espérer que les services de police t’auront à l’oeil. Je ne me leurre pas trop mais c’est mon écot à la société ; un malade comme toi devrait rester seul à jamais. Je doute que tu puisses entendre ce que j’écris, cette lettre, je l’ai imprimé pour moi, pour que cette effroyable période que j’ai vécu avec toi me serve de leçon. A moi le soleil et la vie, je te laisse dans ton marasme.