12 - L'amitié

10 juin 2020 - de l’amitié

Aujourd’hui je vous propose comme thème, l’amitié et pour commencer le résultat d’études menée aux Etats-Unis, citées par Sylvie Chokron (Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire de psychologie de la perception, université Paris-Descartes et Fondation ophtalmologique Rothschild) De l’entente cordiale à l’amitié Jeffrey A. Hall, de l’université du Kansas, a mené une étude auprès de jeunes étudiants de première année venant de déménager dans une région inconnue pour intégrer une université. Les sujets étaient priés d’indiquer le temps passé avec les différentes personnes avec qui ils avaient interagi les premiers mois suivant leur arrivée, les activités partagées avec ces individus et la nature de la relation. L’étude montre que cinquante heures de socialisation seraient nécessaires pour passer de la simple entente cordiale à une amitié occasionnelle. Quarante heures supplémentaires permettraient de devenir vraiment amis et un total de deux cents heures serait nécessaire pour devenir un ami proche. Néanmoins, on le sait tous, il ne suffit pas de passer du temps avec quelqu’un pour devenir les meilleurs amis du monde… Quel est donc ce petit plus qui conduit à l’amitié ? La réponse à cette question pourrait bien être apportée par les enfants. Zoe Liberman, de l’université de Santa Barbara, a ainsi récemment montré que, à partir de 6 ans, c’est l’échange d’un secret qui conditionne le passage de simple camarade à celui d’ami.Pour les enfants, un secret en commun serait une preuve d’amitié bien plus importante que le fait d’appartenir à la même équipe de sport, de posséder le même objet ou encore de maîtriser un savoir commun. Les enfants considèrent ainsi qu’un secret partagé avec quelqu’un est un gage fort d’amitié et infèrent que les relations sociales entre individus sont fondées sur la base de cet échange.

Et maintenant venons en à l'amitié en littérature. Le texte le plus connu est certainement "De l’amitié" par Michel de Montaigne.

Proposition A ou L'âme soeur

Ecrit en 1580, De l’amitié est tiré des " Essais", et rend hommage à La Boétie, grand ami de Montaigne. Puis, au fil des années, Montaigne ajoutera des notes écrites sur son manuscrit qui ne verront le jour qu’en 1595, à titre posthume. Ce texte relate donc l’amitié que Montaigne a vécue avec La Boétie, amitié qu’il considéra comme un mélange de deux âmes pour ne former plus qu’une.

"Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »

Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous voyions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il écrivit une satire latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé, car nous étions tous deux hommes faits, et lui plus de quelques années, elle n'avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation. Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien.

Les Essais, livre Ier, chapitre XXVIII – Montaigne

Proposition A

L’ami, le seul l’unique ou l’amie la seule, l’unique. Racontez-nous la rencontre de cet être qui a et qui compte encore tellement pour vous. Parlez nous de ce lien profond qui vous unit, de sa spécificité, des sentiments plus que des faits.

Proposition B - l'ami (e) idéal ou rêvé

Et voici un texte de René Char Article paru dans Le Figaro Littéraire du 26 octobre 1957. Le poète y décrit son ami Albert Camus.

« Je veux parler d'un ami. Depuis plus de dix ans que je suis lié avec Camus, bien souvent à son sujet la grande phrase de Nietzsche réapparaît dans ma mémoire: «J'ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J'ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels.» Voilà la raison de la force d'Albert Camus- intacte, reconstituée à mesure -et de sa faiblesse- continuellement agressée. (…)

L'amitié qui parvient à s'interdire les patrouilles malavisées auprès d'autrui, quand l'âme d'autrui a besoin d'absence et de mouvement lointain, est la seule à contenir un germe d'immortalité. C'est elle qui admet sans maléfices l'inexplicable dans les relations humaines, en respecte le malaise passager. Dans la constance des cœurs expérimentés, l'amitié ne fait le guet ni n'inquisitionne. Deux hirondelles, tantôt silencieuses, tantôt loquaces, se partagent l'infini du ciel et le même auvent. »

Proposition B

L’amitié idéale vous en avez rêvé et d’une certaine manière vous l’attendez toujours. Décrivez-nous la personnalité de cet être unique et rêvé. Vous pouvez rédiger votre texte sous forme de poème en commençant comme le texte de René Char : « je veux parler d’un ami…. Il ou elle est… »

Proposition C - L'ami (e) d'enfance

J’ai eu quelques difficultés à trouver des exemples d’amitié entre femmes dans la littérature. Alors je choisis L’amie prodigieuse d’Héléna Ferrante. Ce roman est l'histoire du passage de l'enfance à l'adolescence féminine, de deux femmes d'un quartier pauvre de Naples dans les années cinquante. C'est l'histoire du mezzo giorno italien pendant les 30 glorieuses.

« Nous avions douze ans et nous marchions sans fin dans les rues brulantes du quartier, au milieu des mouches et de la poussière que les vieux camions soulevaient sur leur passage, comme deux petites vieilles qui font le point sur leur vie pleine de déceptions, en se serrant l’une contre l’autre. Je me disais que personne ne nous comprenait et que nous seules pouvions nous comprendre.(…) Elle s'arrêta pour m'attendre et, quand je la rejoignis, me donna la main. Ce geste changea tout entre nous, et pour toujours. (…) Seule Lila me manquait, Lila qui pourtant ne répondait plus à mes lettres. J’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, en bien ou en mal, sans que je sois là. C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance. (…)

Elle était comme ça, elle rompait les équilibres seulement pour voir de quelle autre manière elle pouvait les recomposer. »

L’amie prodigieuse, Helena Ferrante

Proposition C

Vous avez vécu durant votre enfance ou votre adolescence une amitié particulière qui vous a considérablement marqué ou influencé pour le reste de votre vie. Décrivez cette amitié, le lien, vos deux personnalités mais aussi le contexte, l’époque, le lieu et éventuellement le secret partagé.

Choisissez votre proposition et renvoyez-moi votre texte pour le 14 juin au soir. Merci de ne pas oublier d’enregistrer votre texte avec votre nom et la référence de la proposition : 12AValerieW