12A - Bruno - Âme soeur

Journal - Samedi 13 juin 2020 - 20h30

Sandrine est passée hier soir à la maison pour me rapporter les bouquins que je lui avais prêtés la semaine dernière. Elle en voulait d’autres. Je lui ai conseillé deux ou trois policiers. Je sais qu’elle les dévore. On se dit tout avec Sandrine. Nos histoires de cœur, nos histoires de cul, tout. On se connaît depuis la crèche, ça va faire vingt-quatre ans cette année. Quand Hélène m’a plaquée, Sandrine avait tout fait pour me remonter le moral. Ça peut paraître bizarre entre un mec et une meuf mais en même temps c’est cool de pouvoir tout se dire sans arrière-pensée. Jusque là je n’en avais jamais eu avec elle, alors qu’elle est plutôt agréable à regarder et qu’on rigole bien ensemble. Même Alain m’a dit qu’elle lui faisait de l’effet. D’un autre côté, il la voit un peu comme ma frangine et il ne se voit pas flirter avec ma sœur... « Question de respect » comme il dit. En tout cas, ça ne me dérangerait pas s’ils avaient une histoire ensemble. Ça ne changerait rien entre nous, d’autant que j’ai totalement confiance en lui. Je suis sûr qu’il ne lui ferait pas de mal. Alain est quelqu’un de réglo. Depuis qu’on s’est rencontrés il y a trois ans, il ne me l’a jamais fait à l’envers et je sais que je peux compter sur lui. Pour en revenir à hier soir, Sandrine m’a dit comme ça qu’elle en avait marre d’être seule depuis sa rupture avec son ex. Je l’ai sentie en déprime et je pensais bien faire en essayant de la réconforter. Alain m’a dit cet après-midi que j’avais bien fait de la prendre par l’épaule. Il me connaît bien, il n’y a rien d’ambigu quand je fais ça. Il sait que ça me vient naturellement quand je sens que ça peut aider. Là où ça a complètement dérapé c’est quand j’ai embrassé Sandrine sur la joue. Elle m’a regardé avec un air surpris. Au moment où j’essayais de l’embrasser sur la bouche elle m’a repoussé. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. C’est parti tout seul. Comme si j’avais oublié qui elle était. Je me suis senti nul de chez nul. Elle a ramassé ses affaires sans rien dire et elle est partie en claquant la porte. Quand je lui ai raconté comment ça c’était passé, Alain m’a dit que je l’avais joué « comme un connard ». Il a même ajouté que si un jour on devait faire mon autopsie, on trouverait une bite à la place de mon cerveau. Surtout, il m’a dit que ça aurait peut-être pu le faire si j’avais d’abord dit à Sandrine ce que je ressentais avant de l’embrasser. J’avoue, j’ai eu l’impression de gâcher quelque chose. Comme je ne savais pas trop comment rattraper le coup j’ai appelé Alain. J’ai suivi son conseil et après deux échanges de textos Sandrine m’a rappelé. Elle veut bien passer l’éponge mais hors de question pour moi de recommencer. Je crois que j’ai bien fait d’en parler à Alain. Ça m’a fait réfléchir quand il m’a traité de connard. Maintenant que j’y repense, ça avait commencé comme ça entre nous : par une engueulade à cause d’un bateau mal amarré. Rien de bien méchant. Il y avait même comme de la bienveillance dans nos insultes. De là, on a toujours été là l’un pour l’autre dans les coups durs comme dans nos meilleurs trips. Aujourd’hui il a remis le couvert et je ne lui en veux pas. Je crois même que c’est à ça qu’on reconnaît un véritable ami : au fait qu’on accepte son engueulade après avoir fait une connerie.