12B - Dominique B - Je suis votre ami

« Je suis votre ami » dit-il, un sourire mutin dans les yeux…

Elle sourit, charmée et rebelle dans le même temps.

Mon ami ? Oui, bien sûr, mon ami… cela aussi, peut-être.

Ce qui habille cette relation encore neuve serait donc une amitié ?

Cela existe vraiment ? Entre un homme et une femme ?

Le désir, alors, est amical ?

Les moments intimes d’intense chaleur témoigneraient donc de cette attraction qui, le plus couramment, se passe de la liaison des corps.

Elle rit, un peu peinée cependant… ce terme d’ami instille et construit une distance. D’un geste machinal, elle remonte le drap sur son corps.

Il a perçu son désarroi et explique : « ami, cela suppose une complicité intellectuelle, spirituelle si indispensable au rapprochement charnel. J’y tiens, je veux être pour vous un ami. »

Elle acquiesce, sincère, d’un sourire plus modeste, mais proteste néanmoins du silence imposé par ce mot si court, à la finale austère qui blesse la grâce du moment. Ça ne chante pas. Aucune langueur. Aucun abandon. Aucune chaleur.

Il ne révèle pas la douceur de la peau, la violence des instants, le souffle coupé, le corps tendu, l’inaccessible plénitude, les rires qui sèchent la moiteur des tempes.

Ami…elle entend fini… déni… parti.

Ce mot si bref, si sec ne peut contenir l’étendue du désir, l’amplitude des sensations, la joie bouleversante du plaisir partagé, la bienheureuse surprise des corps.

« Non… moi je vous veux amant » dit-elle, rêveuse, repoussant le drap de son pied nu.

« Amant, amant… ça chuchote, ça caresse… N’entendez-vous pas ce que ce mot transporte et emporte ? La sonorité infinie de ce gémissement tendre, la lenteur que ces deux syllabes installent, cette balançoire entre le « a » et le « an », ce « m » qui s’étire et qui s’offre, la gourmandise qui charme les lèvres.

Amant…oui.

Toutes les ardeurs s’arrondissent sous ce mot.

Aimons l’immensité qu’il propose, voulez-vous ? »