13 - Anne P Indira Gandhi

INDIRA GANDHI

Parvenue à l’âge adulte je réalise quelle étrange enfant j’ai été dès ma petite enfance !

Je me souviens de mon vœu le plus cher : donner ma vie à mon pays. Drôle de rêve pour la petite fille que j’étais !

A ce propos resurgit un premier souvenir d’une grande violence :

- Les indiens, dans leur lutte pour leur liberté et en réaction au colonialisme des anglais ont décidé de brûler tous les objets en leur possession de fabrication britannique ! Mon aversion pour le feu remonte à cet événement.

Je me rappelle qu’à partir de ce jour, les vêtements européens furent bannis et toute la famille revint aux tenues indiennes.

Que de choses indélébiles se sont inscrites dans ma mémoire ! Dès mes plus jeunes années, j’ai été sensibilisé à l’engagement politique de ma famille pour la libération de l’Inde, j’ai grandi avec l’habitude de voir la police faire irruption dans notre maison pour arrêter mon grand-père Motilal Nehru et mon père Jawaharlal. Ma mère Kamala, malgré sa mauvaise santé l’a été également. J’ai appris à me débrouiller toute seule. Avec humour et philosophie, mon père confiait que la prison était sa seconde maison !

J’ai baigné très tôt dans l’école de la vie. Je rends hommage à ma mère tant aimée, qui, par son engagement pour la cause des femmes, a eu une influence déterminante sur mon parcours et mon engagement politique. Elle m’a inspiré également la valeur de l’amour et de la famille. Elle disparut prématurément à l’âge de 36 ans, atteinte de tuberculose.

La maladie de ma mère nous amena à plusieurs reprises à nous expatrier temporairement en Europe.

Je fis connaissance en Suisse avec la liberté ! Liberté de me déplacer seule, sans surveillance ! Je me souviens de l’excitation que cela générait en moi. Ce pays baignait dans la quiétude, si éloigné de l’agitation, des senteurs et des couleurs de l’Inde. Plus tard en Angleterre, mon père rechercha une pension pour m’accueillir, et là ma consternation fut grande : je découvris ce que signifiait le rejet pour une couleur de peau ! Cette épreuve m’enseigna de lutter à l’avenir, contre toute forme d’exclusion et de racisme.

Je suis consciente que mon enfance et mon adolescence ont été parsemées d’épisodes marquants qui ont déterminé ma vie future.

Adolescente de 12 ans, immergée dans l’intense accélération des événements politiques, j’assistais avec fierté au discours de mon père au Congrès de Calcutta, qui revendiquait pour nous ‘’indiens’ ’l’indépendance complète de notre pays. S’ensuivit le déploiement du drapeau national sur cet édifice, symbole de la lutte de notre peuple pour la liberté. Dans mon cœur émergea une ferveur ardente de défendre les mêmes idéaux !

Dans l’excitation de ces événements, je désirais intégrer le Congrès. Des discussions houleuses s’engagèrent avec mes parents. Prétextant mon jeune âge, j’allais sur mes treize ans, je me heurtais au refus de mes parents. En rébellion, mécontente du comportement parental, je décidais de créer ma propre organisation !

Comme toute indienne de milieu aisé, je m’étais plongée dans la lecture du célèbre texte sacré indien ‘’ le Ramayana’’. Inspirée par ce récit, je créais ‘’La compagnie des Singes’’ destinée à n’accueillir que des enfants. Quelle audace de m’être lancé dans une telle entreprise !

Au cours des mois suivants, je n’en revenais pas ! Le nombre d’adhérents augmenta et atteignit le chiffre incroyable de soixante mille ! Nous assurions pour les adultes des travaux d’intendance, fabrication de drapeaux, transmission de messages, préparations de repas, assistance à des indigents.

Notre force d’action s’étendit et quelle ironie, les anglais mirent un certain temps à découvrir le rôle important que nous jouions !

En toute modestie, grâce à nos talents d’organisation, certains d’entre nous devinrent de véritables agents secrets, surveillant les agissements des anglais et informant des actions qu’ils allaient entreprendre…Mon engagement me passionnait et je délaissais le collège…A mon grand étonnement, mon père engagea des professeurs privés pour la poursuite de mes études !

Mon grand-père adoré, figure émérite de cette lutte pour l’indépendance, après un nouveau séjour en prison tomba malade. N’ayant pas reçu les soins indispensables à son état, il s’éteignit. ! J’ai assisté avec émotion au dernier entretien entre Gandhi et lui. Cet homme surnommé le ‘’Mahatma’’ (Grande Ame), dès ma petite enfance m’avait fait sauter sur ses genoux ! Une grande amitié existait entre ces deux hommes. Une vie exemplaire et courageuse les avait rapprochés dans ce combat pour la liberté.

Après une enfance et adolescence que je considère tumultueuse, maintenant ‘’adulte’’, animée d’une foi profonde en mon pays, je désire poursuivre la lutte pour l’indépendance de l’Inde et la libération de la femme.

‘’Moi Indira’’, avec toute l’ardeur de ma jeunesse, j’aspire comme beaucoup de jeunes indiennes amoureuses de mon âge, à épouser l’homme que j’aime ! A ma stupéfaction, à l’annonce de cet événement, ma famille étant connue, se déchaîna des manifestations haineuses ! Je dois reconnaître que dans ce pays ‘’le mien’’ je me heurte à un cloisonnement : l’appartenance à une même caste ou une religion est impérative ! Mon amoureux n’appartenait à aucun de ces deux critères ! Que de coutumes à faire évoluer…

Sur l’émancipation des femmes, j’aime citer cette pensée :

‘’Pour se libérer, la femme doit se sentir libre, non pas libre de rivaliser avec les hommes mais libre dans ses capacités et sa personnalité ‘’

Très lucide sur la violence de ce peuple indien, je m’engage en toute conscience dans la vie politique malgré la menace que cela implique !

‘’Indira fut assassinée le 31 Octobre 1984 par deux de ses gardes sikhs ‘’