13 - Charlotte R. Escapade Nocturne

Escapade nocturne

Aujourd’hui Kitty, je vais te confier quelque chose que personne ne sait, excepté Peter bien évidemment, puisque nous étions ensemble. Je ne l’ai jamais écrit dans mon journal, par peur que mes parents tombent dessus malencontreusement. Ma vie aurait été encore plus compliquée qu’elle ne l’était, alors j’ai préféré assurer mes arrières.

Cela faisait des semaines que nous étions enfermés nuit et jour, pour survivre à l’invasion allemande. Peter et sa famille nous avaient rejoint récemment. Cela avait apporté un peu de changement, le quotidien était plus agréable même s’il fallait être d’autant plus vigilant aux bruits que l’on faisait en étant si nombreux dans un endroit aussi exigu.

Peter avait presque mon âge, nous aimions discuter au grenier le soir venu, admirant le peu d’étoiles qu’ils nous étaient possible de voir par la petite ouverture. J’étais lasse de ne plus pouvoir contempler la lune, les astres, ce ciel d’un bleu intense lorsqu’il est dégagé, j’adorais me perdre dans cette immensité avant, je me plaisais à imaginer un ailleurs vaste et peuplé d’étranges créatures. Je ne comprenais pas pourquoi on nous obligeait à vivre cela, qu’avions-nous bien pu faire pour devenir soudainement des parias, des pestiférés… Sommes nous nés sous une mauvaise étoile ? Est-ce pour cette raison que l’on doit la porter constamment sur nous, pour se le rappeler chaque jour ?

Je tentais de retenir en moi toute cette frustration, cette colère face à cette injustice, car il était inutile de m’en prendre à ma famille ou à ceux qui prenaient le risque de nous aider, mais j’étouffais de ne plus pouvoir mettre un pied dehors.

Un soir de pleine lune, ma nostalgie fût plus forte que les autres jours, j’avais tellement envie de voir pleinement ce spectacle magnifique, la lune semblait étincelante… Peter a lu en moi cette tristesse que j’essayais au mieux de contenir. Il m’a alors proposé une idée folle… J’ai d’abord cru qu’il voulait me tendre un piège, mais ce n’était pas vraiment son genre, Peter était plutôt du genre timide, sage et mature… J’ai tout de même fait mine de ne pas entendre, car je savais que ce qu’il proposait n’était pas possible, et pourtant…

Pourtant, en ce soir de pleine lune, nous l’avons fait. Nous nous sommes faufilés discrètement vers la porte, je pense que ce jour-là j’ai battu mon record d’apnée tellement je ne voulais pas éveiller les soupçons, et nous avons franchis la porte ! Nous nous sommes retrouvés dans l’office, puis vers la porte d'entrée qui donnait dans une ruelle derrière, la moins passante.

Je n’y croyais pas, j’allais pouvoir de nouveau fouler les pavés de la ruelle, voir le ciel, les étoiles, et la lune… Quel spectacle magnifique. C’était un vent de liberté et de légèreté, je retrouvais les choses simples de la vie, j’avais de nouveau 13 ans, et je faisais le mur comme une adolescente normale. J’avais l’impression d’être hors du temps, que cet instant était figé, irréel, je ne voyais plus Peter, les nazis, la guerre, non juste ce ciel merveilleux et la douceur d’une ville endormie. Qu’est ce que c’était beau.

Bien entendu, au fond de moi je guettais le moindre bruit, j’étais toujours sur mes gardes afin de me cacher au plus vite si jamais quelqu’un arrivait, mais ce n’était plus les seules émotions qui m’animaient…

C’était idiot, dangereux, car nous risquions bien plus qu’une remontrance de nos parents et une privation de sortie, mais cette parenthèse dans nos vies fut une source d’énergie énorme pour les semaines à venir. Je n’aurais jamais assez de mots pour remercier Peter de m’avoir offert ce précieux moment, d’avoir oser braver l’interdit et risquer la mort juste pour que je puisse sentir la brise sur mon visage, et voir les reflets de la lune sur le sien.

Ma Kitty, je dois te laisser, mais je suis ravie d’avoir pu revivre ce moment à travers cette lettre que je t’adresse, j’espère que tu la recevras un jour…

Je t’embrasse, ta très chère Anne

Charlotte R.