13 - Christine B. Une femme exemplaire

Une femme exemplaire

Je suis née à Nice, en 1927, dans une famille juive. Bien qu’installée en France depuis des années ma famille ne va pas échapper à la folie d’Hitler, à l’antisémitisme, à la suprématie d’une race qui se veut supérieure visant prioritairement l’extermination des juifs. Sous l’occupation nous avions réussi à obtenir de faux papiers pour changer notre nom d’origine JACOB. Malgré cela en 1944, nous sommes arrêtés et déportés. Je dois ma survie à un inconnu qui me conseille de dire que j’ai 18 ans ce qui m’évite de finir dans une chambre à gaz.

Je me retrouve embarquée avec ma mère et ma sœur dans des wagons à bestiaux qui vont nous conduire dans des camps de concentration Auschwitz puis Bergen-Belsen. Nous ne sommes plus des humains mais du bétail tatoué d’un matricule sur le bras. Nous sommes contraintes à faire des travaux de terrassement. Peu avant la fin de la guerre je perds ma mère, morte du typhus.

De retour en France, j’aurais pu comme de nombreux déportés sombrer dans la dépression, lutter pour me reconstruire mais cet épisode de ma vie m’a forgé le caractère et donné envie de me surpasser, de faire quelque chose de remarquable, de ne plus me laisser assouvir par qui que ce soit.

J’entreprends des études de droit puis je rentre dans la Magistrature. Je me marie, élève mes trois enfants, j’ai besoin d’être exemplaire sur tous les fronts, peut-être inconsciemment de dominer les hommes, une revanche à assouvir.

En 1974, lors d’un dîner, Jacques Chirac me propose d’entrer au gouvernement pour être Ministre de la santé. Je suis magistrat et la santé n’est pas vraiment une de mes spécialités. Je vais malgré tout accepter cette proposition. J’arrive à une époque où les avortements clandestins se multiplient, laissant des femmes, voire des enfants, mutilés à vie.

Très vite je vais proposer un texte de loi visant à légaliser l’interruption volontaire de grossesse. Je vais m’attirer les foudres des catholiques bien-pensants, perdre des amis, recevoir des lettres d’insultes ou de menaces mais je vais persévérer. Je sais que mon combat est juste, qu’il va permettre à des femmes qui ont peut-être été violées ou d’autres qui n’étaient juste pas protégées par manque d’informations de ne pas voir leur vie gâchée par une grossesse non désirée ou par un avortement réalisé dans des conditions non médicales qui mettent en péril leur vie.

Le 17 janvier 1975 la loi encadrant l’interruption volontaire de grossesse est promulguée.

Je suis fière de ce que j’ai accompli, je n’en ressens ni orgueil ni vanité. Je souhaite juste transmettre un message d’espoir.

Qu’importe les épreuves que nous traversons dans la vie, l’être humain a en lui le potentiel pour rebondir et pour faire que ces dernières soient des tremplins pour une vie meilleure.

Simone