13 - Marie -France de M. Et Marilyn M.

ET MARILYN MONROE SE LAMENTAIT…

Je me mets souvent en bikini au soleil sur la plage de Malibu… Quand je ne suis pas maquillée, personne ne me reconnaît… Surtout sous mon chapeau et derrière mes lunettes de soleil.

Arthur (Miller) me dit souvent qu’il m’aime et que j’ai un corps splendide dont il ne se lassera jamais. J’ignore s’il m’aime pour mon âme ou pour ma « plastique de rêve », comme il dit ! Parfois j’aimerais être moins sexy pour être appréciée par les gens pour autre chose que mon physique… « C’est quoi, cet autre chose ? Essaie de le définir pour m’aider à te comprendre », m’a déclaré Arthur avant-hier… Personne ne peut me comprendre : j’ai l’impression que les hommes ne voient que mes jambes, que ma taille, que mes seins. Ils ne voient pas ce que j’ai dans la tête ! Ce n’est pas parce que je suis belle que je n’ai pas de cerveau. J’envierai presque Jenny Parson, la vieille fille de la maison d’à-côté. Arthur n’arrête pas de me dire que son esprit déborde d’intelligence et que ses yeux, plutôt moches à mon avis, pétillent dès qu’elle émet une idée. En dépit de son physique disgracieux, il en convient, elle dégage un véritable charme. Quelle est la différence entre la beauté et le charme ? Arthur n’a pas su me répondre… Mais moi aussi, j’ai des idées mais j’ai l’ignoble impression que personne ne le sait… Les hommes deviennent sourds quand ils me voient. Mais pas aveugles… J’aimerais tellement être aimée pour ce que je suis et non pour ce que je représente. Les journalistes me rangent dans la catégorie des stars… S’ils connaissaient la douleur qui me ronge, ils oublieraient de me traiter uniquement de sex-symbol. « La souffrance des autres ne fait pas rêver, seule la beauté émerveille » répète Arthur.

J’ai tellement à dire…. Cela m’angoisse d’exciter constamment les hommes et de constater que personne ne prend la peine de découvrir qui je suis vraiment. Pour noyer mon chagrin, je prends chaque matin mon antidépresseur favori et chaque soir, un somnifère. Je n’ai que 33 ans, l’âge du Christ… Par moment, j’ai l’impression de souffrir autant que lui.

Hier, j’ai avalé deux, non trois, en réalité… plusieurs cocktails à base de Gin Tonic et de vodka. Mon cœur battait tellement vite que j’ai pris peur et que j’ai dû appeler mon médecin, le docteur Ralph Greenson : il m’a formellement déconseillé de mélanger l’alcool avec les médicaments. Dommage : avoir la tête qui tourne m’empêche de penser à ma vie. Arthur en a profité pour me reprocher de ne pas penser assez aux autres… J’en ai marre : finalement réfléchir me plonge dans l’angoisse, dans la peur, dans le spleen. Heureusement il y a cet acteur français, Yves Montand, qui tourne en ce moment avec moi dans le Milliardaire, quelle ironie du sort pour cet homme de gauche ! Il me fait les yeux doux. Hé bien moi, je ne le sens pas du tout… Il est du genre « Fais ce que je dis mais pas ce que je fais » ! Il est affilié au parti communiste, mais il habite le quartier le plus chic de Paris, place Dauphine. Il s’offre les meilleurs vins, les meilleurs hôtels, il roule dans des belles bagnoles…. Et sa femme, Simone, fait pareil… Pour moi, c’est un tricheur. Je ne comprends pas son soutien aux communistes. D’ailleurs, mon pays ne les aime pas non plus. Mais comme c’est une star en France, on lui pardonne ! Montand m’a dit qu’il ne quitterait jamais sa femme même s’il tombait amoureux de moi. En fait, il veut s’afficher à mes côtés pour faire grimper sa notoriété. Je refuse de lui servir d’affiche publicitaire.

Arthur a quand même remarqué qu’il me plaisait… C’est vrai qu’en amour, ce Frenchie d’origine italienne s’y connaît, Arthur, lui, reste un intellectuel même s’il fait tout pour me traiter comme une reine… Ce n’est pas parce que je suis blonde que je ne comprends rien aux hommes ni au sexe ni même à la politique… Bientôt, mon ami Georges va me présenter au Président des Etats-Unis. Comme il est séduisant, John Kennedy… Comme son sourire est irrésistible. Donc, je n’ai rien à faire avec l’acteur français, ce séducteur pour midinettes.

J’espère ne pas tomber amoureuse du Président… mais lui, il se conduira comme les autres hommes, il ne verra que mon enveloppe et pas son contenu. Etre une des plus belles femmes du monde me paraît terriblement difficile à assumer… Et ce sera encore plus atroce quand je vieillirai.

Allez, je me sers encore un Gin Tonic, sans oublier mon antidépresseur bien sûr et je repars à Malibu… oublier que je suis Marilyn Monroe.