13 - Pascale G - Cher Baba et chère Umi

Cher Baba et chère Umi,

Je vous écris cette lettre avec beaucoup de tristesse parce que je sais qu’elle va vous accabler. Je l’ai recommencée plusieurs fois car ce n’est pas facile. Mais peut-être ne serez-vous pas vraiment étonnés en la lisant. Depuis un an nos différents sont fréquents et nous restons chacun sur nos positions, le dialogue devient impossible et l’ambiance à la maison est invivable ; toute la famille souffre de nos désaccords, nous sommes dans une impasse. J’ai donc décidé de faire des choix pour sortir de cette situation insoutenable pour tout le monde et pour moi.

Je vous aime tous les deux comme une fille peut aimer ses parents mais je suis obligée de vous quitter. Je pars habiter chez mon ami Philippe parce que je ne veux pas épouser Abdeslam que vous me destinez pour époux.

J’ai beaucoup réfléchi et je sais que je ne veux pas mener la vie d’Umi. Je ne veux plus porter le voile, faire 5 prières par jour, être soumise comme une esclave. Je veux continuer mes études librement et vivre avec l’homme que j’ai choisi et que j’aime.

Je sais que vous ne pouvez pas me comprendre et j’en suis désolée. Je suis trop différente de vous maintenant. Je suis une femme occidentale à tous points de vue. Je me suis ouverte au monde avec une culture différente de la vôtre ; elle me permet de m’épanouir pleinement. Tout cela s’est fait petit à petit au contact des personnes que j’ai rencontrées en dehors de la cité, elles m’ont acceptée comme je suis avec mes différences. J’ai fait la connaissance de Philippe, il fait les mêmes études que moi et nous voulons être médecins tous les deux. Avec lui, j’ai trouvé ma voie et un sens à ma vie.

Je ne sais pas si vous accepterez de me revoir un jour. Vous allez me manquer beaucoup mais mon choix est fait après mûres réflexions, soyez-en persuadés. Je ne sais pas si mes frères et sœurs voudront me revoir, je pense que vous leur interdirez de le faire mais je ne m’imposerai pas. Je suis l’aînée et je montre le mauvais exemple en quelque sorte en abandonnant tout ce que vous nous avez inculqué comme principes, rituels et une certaine façon de vivre. J’en suis profondément désolée mais je ne reviendrai pas sur ma décision. C’est ma vie dont il s’agit et c’est maintenant que je dois la construire. J’ai 18 ans, je n’ai pas de temps à perdre car j’ai de longues études à faire, je travaillerai pour les financer. Ne vous inquiétez pas.

Quand vous lirez cette lettre, je serai dans le train pour Bordeaux où Philippe m’attend.

Je vous aime et vous demande pardon, Inch Allah !

Je vous embrasse

Votre Aïcha