13- Jean-Pierre G L'écologie autrement

Jeudi soir à 20 heures...Salle Jean Marie Pelt :

« Vers une autre écologie » par Monsieur Gilles Clément

Dans une salle comble, j'interviens depuis déjà une vingtaine de minutes. Il fait chaud , quelqu'un ouvre les fenêtres mais dehors, un entraînement de sportifs.Le micro siffle ,je fais répéter.

Tant pis...

- Oui Madame ,je vais vous répondre mais d'abord,laissez moi préciser quelques points afin d’éviter tout malentendu : premièrement,je ne gagne pas d'argent à donner ces conférences; mes frais sont remboursés, point, alors que certains se comportent en divas....

- Des noms,des noms !

– S'il vous plaît ne tombons pas dans la caricature comme celle ...du fameux colibri. Deuxièmement, mes activités d'enseignant superviseur à l’École de Versailles m'occupent suffisamment et mon agenda est calé jusqu'en 2022.Les semaines n'ont que 7 jours.Enfin durant ce printemps,moi aussi j'ai subi le confinement général,vivant à la campagne j'ai lu,beaucoup,écrit pas mal et médité un peu.

Cela est donc passé relativement vite.

– Madame, revenons à votre question:vous m'avez demandé si la transition écologique menacerait nos libertés individuelles, c'est bien le sens de votre question ?

Ma réponse est :bien moins que cette pandémie; souvenez vous de la déclaration cette ancienne ministre qui suggérait de limiter à 5000 km par adulte et par an les vols touristiques avec inscription obligatoire sur le passeport. Demain Airbus peut mettre la clef sous la porte or, l'une des ambiguïtés tient au fait que ce que l'on qualifie d'écologie est plutôt une « morale de vie sociale » se substituant au religieux et au culturel évincés du champ social. Cette thèse fut développée naguère par Debord et Vaneigem ; mais ce n'est pas notre sujet ce soir.

– Certes réduire la durée d'une douche, éteindre une pièce inoccupée ou trier ses déchets n'est pas négligeable mais qu'est-ce au regard des feux provoqués d'Amazonie ou du transport maritime et aérien ?

Mesdames et messieurs, chers amis il faut donner la priorité aux combats essentiels.

Une autre question et ce sera la dernière...

- Ah,pourquoi on ne m'entend pas à la radio ? On m'y invite, parfois et, j'ai pu l'an passé m'exprimer sur France Culture une semaine durant, je précise dans cinq émissions de 30 minutes chacune. C'est assez rare pour être signalé mais je dirais que l'important est « d'où parle celui qui pose les questions ? » pour plagier nos éminents psychosociologues.

Certains médias et vous les connaissez,préfèrent tendre le micro à des-guillemets- « pragmatiques » style maîtres composteurs ou experts en topiaires...

- oui là bas au fond mademoiselle ?

- Suis-je favorable au Land Art ? Bien sûr mais si c'est pour repeindre le mont Fuji en rose fluo certainement non !

Ultime question ...Ah la revoilà, l'interdiction du glyphosate …

Ce que j'en pense ? A vrai dire je l'attendais d'entrée ; je dirais simplement que cette molécule est l'arbre qui cache la forêt.

Bien des experts notent que fongicides et insecticides sont tout aussi nocifs au niveau endocrinien que cet herbicide conçu, rappelons le aux plus jeunes, durant la guerre au Viet Nam pour détruire le couvert forestier.Rien que ça et je ne parle pas du napalm.Bref pour revenir à ce secteur de la production agricole,vous noterez que jamais un agriculteur ne parle de pesticide,terme venu du monde médiatique,mot-valise fourre-tout bien pratique quand on ne sait pas de quoi on parle précisément.

"Voilà mes chers amis j'en ai terminé, merci pour votre écoute attentive et vos questions pertinentes. Vous trouverez à la sortie quelques uns de mes livres que j'aurai plaisir à dédicacer. Bonsoir à tous et gardez l’œil ouvert ! »

Lentement la salle se vide, les chaises sont empilées, on sort les balais, de petits groupes discutent. Coup sur coup j'avale trois verres d'eau et m'apprête à passer dans le hall pour les signatures. Isabelle, la présidente de l'association à l'initiative de cette soirée propose de me reconduire à l'hôtel dont j'ai oublié le nom. J'acquiesce lui faisant préciser si nous sommes à Chalons en Champagne ou sur Saône... Triste sort des itinérants. Un œil sur mon téléphone : trois appels et 7 SMS durant cette soirée ; que faire, comment gérer ce fatras de données ?

Comme disait avec son parler Chti' ma grand mère à propos des cours de rattrapage « Mon pôve gamin ch'est comme qui voudrait laver du charbon !...» Parfois c'est mon sentiment, je m'épanche rarement et souris quand me revient ce mot de Ray Charles à un journaliste, pointant combien sa vie avait été dure :

« Oui certes, tout jeune j'ai perdu la vue, mais je ne me plains pas, j'aurais pu être noir … ! »

Jean Pierre G.