15 - la lignée paternelle

le 16 juillet 2020, La lignée paternelle

Aujourd’hui je vous propose un exercice un peu particulier sur « la lignée paternelle ». Pour nous accompagner, l’œuvre d’Annie Ernaux et notamment son livre « Ecrire la vie » Quarto chez Gallimard que je vous recommande. Son écriture dite « sociologique » va nous permettre d’aborder le « sujet paternel » d’une manière qui se voudrait objective et aussi éloignée que possible de notre cher Freud. La lignée paternelle que l’on soit Jean d’Ormesson ou Annie Ernaux, que l’on habite une « demeure » ou une « masure » c’est une terre, une région, une langue, ce sont des métiers, des savoirs, des valeurs mais aussi des épreuves, des guerres, des mariages, des déplacements, des engagements et des renoncements et puis une manière d’être, de se montrer que l’on se transmet de père en fils. Annie Ernaux dessine ici remarquablement le portait d’une classe de paysans pauvres du pays de Caux et leur évolution d’une génération à l’autre. Je vous invite à sa suite à un voyage dans vos origines quelle qu'elles soient.

Je précise également que nous aborderons très prochainement la « lignée maternelle » aussi j’insiste ici sur la transmission paternelle ou à défaut, de celui qui en a tenu lieu.

(Photo : un fils et son père sur un des lacs du Bois de Boulogne avant la guerre)

Texte A

« L’histoire commence quelques mois avant le XXIème siècle, dans un village du pays de Caux, à vingt-cinq kilomètres de la mer. Ceux qui n’avaient pas de terre se louaient chez les gros fermiers de la région. Mon grand-père travaillait donc dans une ferme comme charretier. L’été, il faisait aussi les foins, la moisson. Il n’a rien fait d’autre de toute sa vie dès l’âge de 8 ans. Le samedi soir, il rapportait à sa femme toute sa paye et elle lui donnait son dimanche pour qu’il aille jouer aux dominos, boire son petit verre. Il rentrait saoul, encore plus sombre…

… Cette méchanceté était son ressort vital, sa force pour résister à la misère et croire qu’il était un homme. Ce qui le rendait violent, surtout, c’était de voir quelqu’un chez lui plongé dans un livre ou un journal. Il n’avait pas eu le temps d’apprendre à lire et à écrire, compter, il savait. » (Extrait La Place, Ecrire la vie, Annie Ernaux)

Proposition A :

Le territoire, l’aïeul. Portrait et description des origines et de l’aïeul, en insistant sur la région, le « pays », la langue, les coutumes, les métiers.

Texte B

Le père : « Il était sérieux, c’est-à-dire pour un ouvrier, ni feignant, ni buveur, ni noceur. Le cinéma et le charleston mais pas le bistrot. Bien vu des chefs, ni syndicat, ni politique. Il s’était acheté un vélo, il mettait chaque semaine de l’argent de côté.

Ma mère a dû apprécier tout cela quand elle l’a rencontré à la corderie, après avoir travaillé dans une fabrique de margarine. Il était grand, brun, des yeux bleus, se tenait très droit, il se « croyait un peu »…

…Il avait appris la condition essentielle pour ne pas reproduire la misère de ses parents : « ne pas s’oublier dans une femme »…

Ils ont trouvé un fonds de café-épicerie-bois-charbons dans un quartier décentré, à mi-chemin de la gare et de l’hospice… Il a emprunté pour devenir propriétaire des murs et du terrain. Personne dans la famille ne l’avait jamais été.

Il reconnaissait les oiseaux à leur chant et regardait le ciel chaque soir pour savoir qu’il ferait…

…Tous les après-midis, il filait à son jardin…

… Pour manger il ne se servait que de son opinel… On ne savait pas parler entre-nous que d’une manière râleuse. Le ton poli réservé aux étrangers….

…Il disait que j’apprenais bien, jamais que je travaillais bien. Travailler, c’était seulement travailler de ses mains…

…Le dimanche, lavage du corps, un bout de messe, parties de dominos ou promenade en voiture l’après-midi. Lundi, sortir la poubelle….

…Mon père lisait seulement le journal de la région. Il refusait d’aller dans les endroits où il ne se sentait « pas à sa place » et de beaucoup de choses il disait qu’elles n’étaient pas pour lui…

… Le déchiffrement de ces détails s’impose à moi maintenant, avec d’autant plus de nécessité que je les ai refoulés, sûre de leur insignifiance. Seule une mémoire humiliée avait pu me les faire conserver… (Extrait La Place, Ecrire la vie, Annie Ernaux)

Proposition B

Portrait du père, de sa vie, de son enfance avec justement Le déchiffrement de ces détails et le rythme des jours qui donnent le ton de l’époque mais aussi d’une région et des préoccupations d’une génération.

Proposition C

Vous ne souhaitez pas faire le portrait de votre père ou grand-père mais d’un homme qui en raison de son âge, son existence et l’exemple qu’il a été pour vous, a joué un rôle déterminant dans votre vie. Je vous invite à en faire le portrait avec la même exigence de détails sur sa vie, ses habitudes, sa tenue, son métier, ses savoirs…

Merci de m’envoyer vos textes avant vendredi 10 juillet 14h si possible