16A - Nathalie F

Pour vous et pour moi-même, voici les mercis que j'adresse à mes donateurs.

De Greta Thunberg, de ses nattes et de ses larmes j'ai retrouvé l'énergie d'un espoir enfoui. L'espoir de la jeunesse convaincue, de la force de l'utopie qui porte et qui ouvre des chemins nouveaux. J'ai retrouvé l'envie de ne pas désespérer.

De mes enfants, Thibaut et Guillaume, une relation dont la fusion ne saurait être exclue, une relation qui ne cesse de se modeler, qui ne cesse de me faire grandir.

De Stephan Zweig la complexité des sentiments, l'intensité du désenchantement des amours sans avenir, la subtilité des mots.

De S. B, l'attachement définitif au premier regard.

De Doris Lessing, par son exigence et son recul, alliée à mes copines de terminale actives dans les groupes femmes des années 80, j'ai découvert la féminité, le féminisme et la place des femmes dans la famille, dans la société. J'ai pris conscience de l'éducation donnée aux filles à une époque qui me paraît aujourd'hui aussi proche que lointaine. J'en ai acquis la force de revendiquer le mot même de « féminisme », la force de revendiquer l'amour, d'en éprouver les contradictions. J'ai appris à chercher, à chercher la place, celle où se trouve un équilibre, entre épanouissement et liberté. Rien ne dit encore que le but même s'il est défini soit atteint !

De Madame Pourcine, mon professeur d'allemand, le goût de parler une autre langue, d'en découvrir la culture, le goût du départ, le goût du voyage, l'envie d'ailleurs.

De mon instituteur de CM2, Monsieur Sayag, chargé de ses rêves de fraternité et de partages, est née en moi l'envie de communauté, de compréhension et d'acceptation des différences, d'abolition des frontières. Et l'envie non réifiée encore à cette époque, d'être simplement une citoyenne du monde.

De ma jeune sœur, le balancement dans la nuit de ses chagrins de petite fille, l'envie de bercer, de consoler, d'accompagner.

De mon frère, dévorant les récits de voyages et d'aventures, rebelle aux injonctions paternelles, j'ai compris la valeur des secrets d'enfants, mesuré le prix du silence, éprouvé le coût de la loyauté.

De mon père un certain anticonformisme, la rage et la violence rarement physique, la violence du mot qui blesse, et pour moi la nécessité de sortir du cercle de blessures, la nécessité de trouver le chemin des mots et des sentiments bien dits.

De ma mère une sensation d'appartenance, de lien indéfinissable, lien de continuité. Je l'ai réclamé, sa pudeur le rejetait. Pourtant il a été, il est , il file...

De mon grand-père Jean, le chant des oiseaux, leur nom que je ne sais pas associer. L'odeur des champignons dans les sous-bois.

De ma grand-mère Henriette, l'organisation et son sens. La rigidité et le manque de tendresse qui donne envie d'en déborder.

De cette arrière grand-mère Amélie, toute de noire vêtue, l'envie de baisers sucrés, de creux et de chaleur. Mon étonnement de toute petite fille devant la fragilité et aujourd'hui, mon regard sur ces deux femmes, l'une si neuve, l'autre si ancienne, chacune aux extrémités de la vie, indiciblement unies.

De Sybille de B le temps de trouver les mots, le temps du retour.

Je prie tous ceux que j'ai laissé de côté de ne pas m'en vouloir, en particuliers ceux qui m'ont fait rire et qui m'ont rendue joyeuse, à tous ceux-là je demande sincèrement pardon, ils m'ont permis d'être légère aussi et d'aimer la vie.

Nathalie F.