16A- Bénédicte Fredaine - quelques fils de trame

Que nous descendions du singe ou du poisson, nous sommes tous à la même enseigne, tous conditionnés par le contexte dans lequel nous vivons : géographique, historique, sociologique, affectif, intellectuel, et j’en oublie. Les personnes qui nous entourent, celles qui nous ont entourées, ont des caractéristiques dont certaines sont dites bonnes, ont valeur d’exemple pour une « bonne conduite » dans un contexte moral donné, d’autres au contraire sont beaucoup moins élégantes. Dans la lignée des « Pensées pour moi-même » écrites par l’empereur et philosophe Marc-Aurèle, chacun peut tenter de se livrer à l’analyse de ces traits et de l’influence qu’ils ont exercés sur lui-même. Exercice fort périlleux lorsqu’il s’agit de séduire un lecteur ! Les valeurs d’autrui peuvent susciter une adhésion pleine et entière ou leur rejet systématique. Rien n’étant simple, je me limiterai à essayer de tirer quelques-uns des fils de la trame. Mais n’est pas Marc Aurèle qui veut…

Quelques remarques en vrac, sur ce que j’ai appris :

De mes études, de mes lectures, sources d’une culture générale

A vivre loin de son temps par les études, les lectures, les rencontres, les voyages, on trouve de très grandes satisfactions.

Mentir ne mène à rien, ou alors il faut beaucoup de mémoire…

Trop de solitude engendre une perte de repères. L’indépendance n’est pas la solitude.

Il ne faut jamais humilier un enfant, il deviendra méchant. Idem pour un adulte, d’ailleurs.

La fantaisie est nécessaire à la vie quotidienne, tout comme le rêve éveillé.

Dans le doute, métaphysique ou non, adhérer au pari de Pascal peut être sauveur : « Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il (Dieu) est, sans hésiter.»

L’art ne nourrit pas un amateur, mais il l’aide incontestablement à vivre : musique, peinture, sculpture, littérature…

Il faut poursuivre sa tâche malgré l’absurdité de la vie, de la situation.

On se passe très bien de savoir tricoter à notre époque. Un peu moins de la couture : il y toujours un bouton prêt à s’échapper…

De ma vie professionnelle

Savoir se désensabler même dans le grand erg occidental, au propre comme au figuré, rend de grands services.

Savoir organiser et s’organiser est vital. Si ce que vous avez prévu est mis en cause, voire rejeté, être apte à proposer séance tenante un plan B. Par exemple : si l’emplacement que vous avez prévu pour le comptoir d’accueil dans un salon professionnel ne plaît pas au grand décideur, vous serez peut-être conduite à proposer un comptoir sur roulettes. Cela m’est arrivé.

Pas vu pas pris. Attitude suffisamment répandue pour que l’on apprenne à détecter cette démarche de faux-jeton.

Ne pas prêter le flanc à la critique. Toujours être prudent dans ses assertions : ce que vous dites peut être déformé, et se retourner contre vous.

Attention aux apparences : combien de promotions canapé dont tout le monde parle n’ont même pas eu lieu… C’est peut-être dommage, mais c’est ainsi.

De la génération des grands-parents

L’adaptabilité à toutes les circonstances est indispensable. Par temps de guerre évidemment, mais aussi par temps de paix. Ce sujet appellerait un vaste développement qui n’a pas lieu d’être ici.

Lorsqu’on souffre, il est de bon ton de prendre son mal en patience et sans se plaindre.

Avoir confiance en autrui et respecter les autres est source de sérénité.

Garder un esprit vif et guilleret rend les échanges et la vie agréables. Avoir vécu au temps des diligences et écouter, sans étonnement apparent, le bip bip du Spoutnik à la radio est un merveilleux signe de vitalité. Cela prouve que l’on n’est pas un vieux croûton. La sérénité, la tolérance, la générosité, la bonne humeur sont des qualités indispensables si l’on veut rester fréquentable lorsque l’on devient encombrant.

Comment réussir la crème pâtissière et rater les meringues que l’on fait avec les blancs d’œuf restants.

Un bon sourd entend ce qu’il veut.

La bonne radinerie commence par les fantaisies que l’on s’accorde à soi-même.

De la génération des parents

La bonté n’a pas besoin de s’exprimer par des mots, elle se vit, de même que la bienveillance, la patience, la bonne humeur et la joie. Franchise, honnêteté sont incontournables dans la vie et dans le jeu. Les principes établis doivent être respectés. Mais il faut savoir les bousculer lorsqu’ils n’évoluent pas assez vite.

Ne jamais être malveillant, médire encore moins.

S’ouvrir aux autres, les écouter, les aider, les respecter.

Etre prétentieux ? A quel titre, s’il vous plaît ? Les êtres humains sont égaux entre eux : si les circonstances l’exigent, vous accepterez le métier de poinçonneuse dans le métro (ce métier a aujourd’hui disparu, remplacé par des machines). En toute circonstance il convient de faire preuve de modestie. D’où que l’on vienne.

La propreté sur soi doit couler de source ; elle forme un tout avec une bonne tenue. Une attitude soignée est une politesse élémentaire envers les autres.

La débrouillardise est nécessaire. Elle ne signifie pas faire n’importe quoi de façon brouillonne. On doit agir avec ordre et méthode, comme Plic et Ploc. Toute action doit être menée consciencieusement, on doit faire son travail jusqu’au bout. L’intelligence doit pouvoir compter sur le soutien sans faille d’un travail consciencieux et régulier.

La maîtrise de soi est essentielle dans la vie. On s’abstiendra de montrer le poing et d’injurier le chauffard de la voiture d’à côté.

Les difficultés, les problèmes de santé relèvent de l’intimité, tout comme les problèmes d’ordre matériel voire pécuniaire dont on se gardera bien de faire état. Parler de son vécu heureux crée des liens en société. La même société considère que le vécu héroïque (haut fait de guerre) doit rester sobre, le vécu douloureux (mort des êtres aimés) silencieux, le vécu intolérable (torture) emmuré dans le silence. Quitte pour le héros à devoir se rendre d’urgence chez un psy. Ces histoires seront connues bien assez tôt.

Aimer la nature non domestiquée. Apprendre à apprécier pleinement la douceur des éléments air, eau, terre, leurs caprices et leur violence, même par temps de chien.

Mettre correctement le couvert, savoir dresser de jolies tables.

De ma génération

Ecouter les autres est une nécessité. Ne pas contraindre autrui et parallèlement ne pas se laisser écraser par autrui. Fuir les fausses obligations, y inclus celles que l’on s’impose à soi-même bêtement est une question de survie.

Le « devoir » est une notion à définir avec la plus grande précision si l’on veut rester indépendant.

Admettre ce qui advient si l’on ne peut avoir d’influence sur l’évènement, essayer de garder son équilibre.

Apprendre à rire de ses maux : un bon truc, mais plus facile à dire qu’à faire.

Il est prudent de vivre avec un certain détachement des choses et des idées, car rien n’est jamais acquis, ni dû.

Il ne faut pas garder de rancœur à l’égard de quelqu’un. Mieux vaut une bonne bagarre qu’une grosse frustration.

Eviter les non-dits tout comme les bla-bla.

Il n’y a pas d’âge pour continuer à progresser dans ce que l’on aime.

Et de la génération de mes enfants et petits enfants

Toujours leur dire la vérité. Ne pas cacher la naissance, la vie, la mort.

Ne pas les encombrer : ils n’ont pas demandé à naître. Développer leur instinct de découverte.

Et leur dire qu’on les aime, puisque c’est la vérité.

Fin des élucubrations du jour et pourtant il en manque !

Fredaine ☐