17 - A la veille de ne jamais partir


A la veille de ne jamais partir

du moins n’est-il besoin de faire sa valise

ou de jeter des plans sur le papier,

avec tout le cortège involontaire des oublis

pour le départ encore disponible du lendemain.

Le seul travail, c’est de ne rien faire

à la veille de ne jamais partir.

Quel grand repos de n’avoir même pas de quoi avoir à se reposer !

Grande tranquillité, pour qui ne sait même pas hausser les épaules

devant tout cela, d’avoir pensé le tout

et d’avoir de propos délibéré atteint le rien.

Grande joie de n’avoir pas besoin d’être joyeux,

ainsi qu’une occasion retournée à l’envers.

Que de fois il m’advient de vivre

de la vie végétative de la pensée !

Tous les jours, sine linea,

Repos, oui, repos...

Grande tranquillité...

Quelle paix, après tant de voyages, physiques et psychiques !

Quel plaisir de regarder les bagages comme si l’on fixait le néant !

Sommeil, âme, sommeille !

Profite, sommeille !

Sommeille !

Il est court, le temps qui te reste ! Sommeille !

C’est la veille de ne jamais partir !

Traduit du portugais par Armand Guibert

In , «Fernando Pessoa : Le gardeur de troupeau et les autres poèmes

d’Alberto Caeiro »

Editions Gallimard, 1960

"La veille de ne jamais partir...". Tout Pessoa (1888-1935), est dans cette phrase. S'il ressent l'appel du voyage, le poète reste sur le quai ; il sait que les continents qui l'attendent se trouvent en lui-même. L'homme a entrepris mille choses sans en achever aucune, à l'exception de son oeuvre littéraire. "Car la langue est ma patrie..."

Fernando Pessoa sur Babelio : https://www.babelio.com/auteur/Fernando-Pessoa/2526


Proposition A - Poème

A l’image de Pessoa, le grand poète portugais, imaginez que vous ou votre héros (ou héroïne) ont trouvé votre/leur lieu. Ce lieu, que pour une raison ou une autre vous/ils ne souhaitent plus quitter. Décrivez sous forme de poème ce lieu qui retient captif, cet endroit dont vous/ils ont fait leur ailleurs., ses charmes, les frontières géographiques, végétales ou minérales de ce territoire (champêtre ou citadin) explorés sans lassitude.

Un homme, un port, l’attente… avec Jean Echenoz

Quinze jours déjà que Charles était au Havre, mais la ville ne lui déplaisait pas. Il s’était installé non loin de la gare de marchandises, dans une cahute où les cheminots remisaient le matériel périmé — panneaux et feux rouilles, grillés. Quelques années auparavant, l’un d’eux avait cloué sur la porte un bloc éphéméride agrémenté d’une réclame pour une marque de gaine, cessant de le tenir à jour le 11 mars. Charles s’était aménagé là un espace pour dormir, pour manger quelquefois le soir, chauffant une boîte sur une petite flamme.

Il passait ses journées sur le port. Il regardait la mer et les navires, les cargaisons. Il s’y trouvait peu d’hommes de sa condition ; la plupart passent l’hiver à Paris, attendent les beaux jours pour investir les côtes. Souvent ils sont rejetés par les dockers, mais Charles aida une ou deux fois à la manœuvre, on le laissait circuler sur les quais du port marchand. Parfois des caisses tombaient en se démembrant, parfois on les refermait mal après une inspection, Charles se servait alors modérément, consommant les bananes sur place en gardant les conserves pour le soir

(…)

Il entendit pleuvoir avant de rouvrir les yeux, reconnut tout de suite une de ces pluies qui durent, termina le Mike Roscoe avant de se lever. Après le déjeuner, courant entre les gouttes vers une maison de la presse proche de l’hôtel, il s’y procura d’autres livres dont le papier commun buvait instantanément l’eau du ciel. Rentré dans sa chambre, le téléphone sonnait : Bob. Paul lui exposa le retard du cargo, son attente ici même pendant quatre à six jours au mieux. Mieux vaut attendre à Paris, conseilla Bob, reviens. Tu vas t’emmerder. Non, dit Paul, je reste.

L’équipée malaise, Jean Echenoz

Jean Echenoz, né le 26 décembre 1947 à Orange (Vaucluse), est un écrivain et romancier français, lauréat du prix Médicis de 1983 pour Cherokee et du prix Goncourt de 1999 pour Je m'en vais

Ses fictions utilisent souvent les références et les techniques d’écriture du cinéma : travelings, gros-plans, flash-back (analepse en français…). Peuplés, d'une humanité interlope, de personnages désœuvrés et dérisoires, de héros fatigués et flottants, ses livres multiplient les temps morts, les lieux, les rencontres, les assemblages imprévus, les personnages incongrus.

Proposition B – Récit comme un script

A la manière de Jean Echenoz, (en utilisant vous aussi, flash-back et descriptions en traveling, gros plan de votre ou vos personnages et du lieu où ils sont) je vous propose de nous raconter à partir d’un port français ou étranger, l’attente d’un homme ou d’une femme qui va partir ou qui du moins l’espère. Entre espoir et découragement, cette attente qui dure sera en fait, un moment de vie, une occasion de rencontre, de prise de conscience de soi-même, peut-être une remise en cause de son passé. Bref un script, ou une mini nouvelle sortie tout droit de votre imagination ! (Différence entre script et scénario : https://fr.natapa.org/difference-between-script-and-screenplay-1429)

Merci de m’envoyer votre texte par mail pour le lundi 27 juillet.

Et n’oubliez pas :

- D’utiliser le correcteur de votre traitement de texte pour la ponctuation et les espaces si vous ne savez pas.

- D’enregistrer votre texte sous Word ou open office en précisant votre nom et la réf de la proposition : 17BJeanPierre ou 17AVéronique