17A - Dominique B - Le bagage invisible

Il n’est aucun chagrin, aucune mélancolie, aucun soupir

Qui ne soit soulagé par quelques secondes fleuries à cueillir

Au coin d’une phrase, d’un mot bien choisi, d’un sourire.

Ecoutez surgir les oliviers, échevelés et argentés,

D’une langue gourmande de saveurs affamée,

Goûtez les ors subtils de leurs fruits ensoleillés.

Invitez la lavande épanouie des champs pierreux et entêtants

A courtiser de son élégance modeste et ses mauves odorants

Votre nez ensommeillé par des brumes endurées trop longtemps.

Dansez dans chaque bavardage toutes les paroles du jour,

Riez sans retenue de vos malheureux calembours,

Bras ouverts, accueillez agapanthes, œillets et belles de jour.

Gorgez-vous de « fada », énivrez-vous de « peuchère »,

Conviez « estransiné, degun ou boun diou » au bord de la mer

Bouillabaisses et galéjades en cortège, au pied de la Bonne Mère.

Exilée, éloignée, Perchée, en moi souffle toujours le Mistral,

Qui charrie dans ses colères l’accent de mon pays natal,

Bagage invisible mais toujours présent, fidèle, loyal.

A mon tour de promettre fidélité et mémoire éternelles

Aux paysages rudes, aux figuiers, à la mer perpétuelle,

Aux cagoles, aux caganis, aux tambourins des demoiselles.

Chanter chaque jour, chaque mot, le parfumer de thym,

L’arroser d’eau des calanques, le Pan Bagnat dans le couffin !

« Avoir l’accent enfin, c’est chaque fois qu’on cause,

Parler de son pays en parlant d’autre chose. »

M. Zamacoïs