17A - Françoise L - Carte postale

Une Carte postale

Ce matin j’ai reçu une carte de mon amie Jeanne. Nous nous connaissons depuis longtemps, trente ans au moins. Jeunes étudiantes nous avons parcouru le monde ensemble. Nous avons fait les mêmes études, exercé le même métier. A la retraite Jeanne s’est installée dans une petite maison bretonne, en pleine campagne, pas très loin de la mer. Jeanne aimait se replonger dans la vie parisienne une fois l’an. Nous nous retrouvions dans un musée et le soir nous allions au théâtre. Cette année je me faisais une joie de la retrouver. En quelques mots j’ai compris que Jeanne mettait un terme à nos rendez-vous citadins :

Rester là, partir quelle est la question ?

Prendre le large, larguer les amarres

ou rester au port,

scruter l’horizon.

Humer l’air marin,

guetter les bateaux au loin.

Se faire bercer par le clapotis des vagues

et rentrer avant la tempête.

Rester et mourir, partir et devenir

où est la question ?

Enfin poser les bagages,

s’allonger dans l’herbe,

contempler la fuite des nuages.

Sentir la brise légère,

écouter siffler la théière.

Courir non, marcher oui

quelle question ?

Hier soir la biche est venue,

ce matin les roses sont écloses.

Les vaches paissent dans le champ du voisin,

derrière la clôture les chevaux butinent.

Arrêter de partir, finir de courir

jamais plus cette question.

Savourer le temps qui passe,

respirer l’herbe fraîche,

prendre le thé avec un nuage de lait.

Lire, écrire et ne rien faire.

Ne plus jamais partir,

juste m’asseoir les pieds dans la rivière.

Le vol d’une hirondelle là-haut dans le ciel.

Quand viendra la nuit,

dormir la tête vers les étoiles.

Sur mes rêves la lune veillera.

Jeanne le 29 mars 2020.

Françoise L.