19A - Dominique B - De l'élégance

Elégance dites-vous ? Serait-ce le prochain sujet du bac ? « L’élégance en philosophie »… « Les mathématiques ont-elles accès à l’élégance ? »… « Elégance et lutte des classes »… « L’élégance est-elle un signe extérieur de richesse ? »... Sera-t-il inélégant de paraphraser Bachelard d’un « L’élégance est une conception de soi que l’on porte en soi » ? (Gaston, si tu me regardes…)

Les élégances sont multiples pour qui veut les voir. Chacun peut vivre l’élégance à tout moment, en secret. L’élégance n’est jamais ostentatoire. Elle est à la fois égoïsme et partage. Partageons donc une de ces élégances d’été. Celle que je peaufine, renouvèle, perfectionne et adore !

La sieste …Non, ne riez pas, ne vous moquez pas. Le sujet n’est pas futile. Non, pas la sieste avachie d’un lendemain de beuverie, ni la sieste pour récupérer des heures blanches de la nuit, non plus que la sieste crapuleuse, dévoiement éhonté de l’essence même de la sieste ! La sieste est l’élite du repos, un voyage avec soi-même. Elle recèle un art voilé de rituel, tamisé de rêve, fardé de désir.

Laissez-vous tenter, envoûter, ensorceler, troubler par la sieste.

La sieste d’été propose un entracte dans une journée vouée à la chaleur et à la lumière. La matinée encore fraiche nous a entrainé vers des dépenses physiques : sport, ménage, courses et autres allées-venues. Le déjeuner à l’ombre fête l’arrivée de crudités perlées de fraicheur, de salades colorées, de fruits sucrés ou de glaces savoureuses. Cigales et grillons, à votre insu, hypnotisent vos sens de leurs crissements rythmés. Un léger engourdissement, une exquise béatitude vous possèdent peu à peu jusqu’à désirer un moment hors du monde présent, un abandon. Votre corps les réclame tandis que votre esprit s’évade déjà vers un ailleurs encore indéfini. Vos yeux se sont déjà tournés vers un intime lointain. Il est temps de délaisser toute compagnie et de gagner un endroit isolé, calme. Pieds nus sur le carrelage frais, traversez la maison écrasée de soleil. Votre chambre, les persiennes closes, cajole votre regard de sa lumière embrunie. Une respiration profonde accepte le chemin qui se dessine. Laissez choir vos vêtements sur le sol, repoussez-les de la pointe d’un pied indolent. L’eau d’une douche tiède ruisselle maintenant sur votre corps et son baiser sur vos lèvres est aussi tendre que celui d’un jeune amoureux. Sans vous sécher, postez-vous devant la fenêtre ouverte et, dans ce léger courant d’air, jouissez du délice de ce frisson qui vous parcourt, éphémère. Avant de vous étendre, aspergez vos draps de quelques gouttes éparses qui prolongeront la détente inaugurée par la douche. Allongée, posez une main sur votre ventre et laissez-la suivre librement les mouvements de votre respiration. Vos pensées adoptent le rythme ralenti de votre souffle puis s’évanouissent lentement, laissant place à une vacance paisible qui allège votre corps et suspend votre conscience. Vos paupières glissent lentement jusqu’à fermer vos yeux au monde visible. Vous n’êtes plus qu’abandon et légèreté. Vos lèvres s’entrouvrent à peine, dernière invitation au plaisir. Savourez cet instant de basculement singulier. Ne résistez pas…

Vous dormez…