19A - Françoise L. Trois listes

Trois listes

- As-tu la liste des courses ?

- Non ! Je l’ai encore égaré, mais j’en ai trouvé trois autres dans mon sac, l’une en papier doré à garder, l’autre toute chiffonnée à jeter et la troisième c’est une surprise.

1) La liste à garder

Sur le lac deux cygnes gris cendré, trois cygnes blancs

Quatre saisons sur la ligne d’horizon, je choisis l’été

Au marché balade masquée, cinq sens éveillés :

Gouter aux tomates ensoleillées,

Humer le melon à point,

Caresser le velouté des pêches,

Admirer le jaune et le rouge des épices, le vert tendre des herbes fraîches, au son de la cité.

Matin, fenêtre ouverte, brise légère.

Midi au soleil, balade du soir, cloche du vieux manoir.

Bains de mer, fraises à la crème, pastis sous les platanes.

Chaleur de la nuit, pluie étoilée, brume de nuages.

Une photo, les dunes de la vieille église

En guise d’oreiller des souvenirs d’enfance :

Mois d’aout, confinée au lit, monte le brouhaha de la plage, étrange et délicieux.

Une glace à deux boules vanille fraise, dégouline sur le menton.

Le sable dans les pieds, peau toute bronzée, cache-cache dans les dunes.

Drôle d’été, été particulier, fini le toucher, fini le baiser

Faut-il se méfier ?

Cette nuit orage, la plus grosse branche du noyer s’est cassée.

Ce matin pluie, un visiteur inattendu s’est présenté.

Les esprits sont apaisés.

2) La liste à jeter :

Le court-bouillon des regrets

Au choix : soupe à la grimace ou bouillie virale ?

Comme plat : méli-mélo de bonnes intentions, nappé de sa sauce hypocrite

En dessert : le gâteau manqué

Tout ceci accompagné de vin frelaté.

3) Une liste à fredonner :

Un, deux, trois soleil.

Mais dis quand reviendras-tu ?

Une souris verte qui courait dans l’herbe

Qui est la plus belle pour aller danser ?

Nous n’irons plus au bois

Sur la place chauffée au soleil, une fille s’est mise à danser.

On dirait le sud

Le temps dure plus longtemps et la vie surement

Avec le temps, va, tout s’en va.

Et j’ai crié, crié…..

Et j’ai pleuré, pleuré

C’est la fin de l’été.

Françoise L.