19B - Nathalie F - L'écho du Perchoir

Bonjour Madame Hortense Durant, je me présente, Thibo Delessart, je suis journaliste à l’Écho du Perchoir. Ma rédaction m'a chargé de l'interview. J'en suis très honoré.

Bonjour Monsieur, entrez, je suis prête. Il y a du thé, en désirez-vous une tasse ?

Merci, avec plaisir. Je suis prêt aussi, alors commençons.

T. D : Quel a été votre premier livre ?

H. D : Le premier livre dont je me souviens est Peter Pan. Un petit album aux illustrations simples. Les genoux de mon père, ses bras autour de mon corps tenant le livre ; lui lisant, moi commentant pour éloigner la peur du Capitaine Crochet.

T. D : Quel livre a marqué votre enfance ?

H. D : Il ne s'agit pas d'un livre, mais d'une série. « Le Club des cinq » dans la Bibliothèque rose. J'adorais retrouver cette bande de gamins courageux et unis pour résoudre des énigmes. J'entrais dans le monde de la lecture, la Bibliothèque rose ne m'a pas marquée par ses contenus, elle m'a donné l'expérience solitaire des mots, de l'évasion.

T. D : Quel est le premier livre que vous avez lu seule ?

H. D : Je pense qu'il s'agit d'un « Fantômette », série de la Bibliothèque rose aussi. Je pense que j'aimais les aventures.

T. D : Quel livre vous a donné l'envie d'écrire ?

H. D : Aucun. Les mots, les lignes, les pages étaient et sont toujours le chemin d'une fuite, d'une découverte, d'un ailleurs de hasard. Ce n'est pas en lisant, mais en écrivant un mémoire universitaire que j'ai éprouvé le plaisir d'assembler les mots, le plaisir de l'intention, de fabriquer du sens, le plaisir de dire au plus près, au plus juste.

T. D : Quel livre pourrait éventuellement vous décourager d'écrire ?

H. D : Encore une fois, aucun. Le plaisir d'écrire commence dans le geste ; un outil, une trace et puis le sens qui apparaît... Quel livre pourrait me convaincre de renoncer à un tel plaisir ? Ou bien suggérez-vous qu'un auteur admiré puisse me détourner de ce bonheur ? Et bien, non, la comparaison n'a pas lieu d'être. Il y a de très grands auteurs, de très grands poètes et mes écrits très modestes ne prétendent à aucune rivalité.

T. D : Quels sont vos mots préférés en français ?

H. D : J'aime le mots, comment choisir ? Lumière, peut-être...

Enfin sûrement, les mots qui chantent : domino, ostrogoth, pipistrelle, asphodèle, bikini, Patagonie... et plein d'autres qu'à cette heure j'oublie.

T. D : Quels sont vos héros ou Héroïnes favoris dans la fiction ?

H. D : Oh, les héros, les vrais sont des gens sans nom. Des gens qui arpent des vies qui ressemblent ou non à la mienne. Des gens avec des défauts, des qualités, des folies qui cherchent la voie d'un meilleur qu'ils se sont fabriqué et qui les pousse.

Si vous voulez vraiment un nom, je dirais : Don Quichotte.

T. D : Si vous pouviez écrire dans une autre langue, laquelle choisiriez-vous ?

H. D : En allemand, peut-être, c'est une langue qui a besoin d'une réhabilitation dans les oreilles des Français. Une langue qui ne claque pas seulement comme un coup de fouet, c'est une langue riche, fluide, poétique, une langue comme un froissement d'étoffe soyeuse. Ou peut-être en italien ; langue alerte, qui dit la vie, la joie. Une langue qui sonne, qui tintinnabule.

T. D : Qu'aimez-vous, que cherchez-vous chez un auteur ?

H. D : J'adore les romans, j'aime les histoires qui pourraient être vraies, qui rendent compte du monde. J'aime accompagner dans leur périple les personnages qui ont pour décor des réalités qui me sont inconnues, des personnages lointains et différents, desquels je me sens pourtant très proche.. J'aime qu'un auteur me fasse connaître la différence et ressentir la proximité.

T. D : Que redoutez-vous ou que détestez-vous dans un livre ?

H. D : La violence, le sadisme injustifiés, que je ressens comme une forme d'exhibitionnisme tonitruant qui tient à frapper le lecteur.

T. D : J'en viens donc à vous demander quel livre vous avez détesté.

H. D : J'assumerai le rejet des deux romans qui me viennent à l'esprit, non en fait trois : Purges de Sophie Oskannen, Les particules élémentaires de Houellebecq, Les Noces barbares de Queffélec. Ces trois romans sont pour moi d'une extrême violence, ils ferment la porte à tout espoir, me laissant dans un paysage émotionnel ravagé. L'utopie, le rêve d'un monde plus juste, assassinés.

T. D : Aimez-vous vous relire, retravailler vos textes ?

H. D : Oui, j'aime relire, retravailler. J'aime l'idée de l'essai, de la recherche, de l'approche, de la justesse.J'ai besoin d'écouter la musique des mots, des phrases, de leur rythme.

T. D : Si vous deviez donner un titre à l'histoire de votre vie, quel serait-il ?

H. D : Un titre probablement avec l'idée du chemin, du cheminement, des contrastes... peut-être « Chemins creux et lignes de crête » ou « D'ombres et de lumières » Je ne sais pas, il me faudrait davantage de temps pour y réfléchir.

T. D : Quels sont vos poètes préférés ?

H. D : J'aime la poésie contemporaine, elle me touche davantage que la poésie métronomée...

J'aime Romain Fustier, Albane Gelée, Christian Bobin, François Cheng, Valérie Rouzeau...

T. D : De mémoire, quels vers vous viennent à l'esprit ?

H. D : Malgré mes amours pour la poésie contemporaine :

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends

Nathalie F.